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Réalité ou fiction #6 : l’investissement durable ne fonctionne pas en raison de données insuffisantes


« L’information, c’est le pouvoir » dit-on, mais les informations existantes sont-elles suffisantes pour déterminer si l’investissement durable fonctionne ? Le problème n’est pas vraiment de trouver les données, mais de savoir comment les exploiter.


Sixième partie d’une série d’articles réalisés par la société de gestion Robeco, société engagée dans l’investissement d’impact. Aujourd’hui, nos deux spécialistes de l’investissement responsable, Masja Zandbergen et Guido Moret, détaillent en quoi l’accumulation de datas et surtout leur exploitation est indispensable à l’ISR.

 

Comme tout nouveau secteur disruptif, l’investissement durable bouleverse les modes de réflexion établis depuis des décennies, voire des siècles, et à cet égard il s’agit d’un concept relativement nouveau. Depuis le XIXe siècle, le monde a passé plus de temps à collecter des informations sur la consommation de charbon qu’à étudier l’énergie solaire ou les voitures électriques. Par conséquent, certains investisseurs sont naturellement sceptiques quant à l’existence de suffisamment d’informations pour justifier de nouveaux investissements onéreux dans ce domaine.

Or, les informations et données relatives à l’investissement durable sont non seulement complètes et faciles d’accès, mais aussi en augmentation constante. En effet, si ce mythe des données persiste c’est en partie parce que certains investisseurs ont été submergés de données et incapables de les traiter. Alors que de nouveaux projets durables apparaissent chaque jour, il devient de plus en plus nécessaire pour les investisseurs d’être en mesure d’en trouver la logique.

 

Fournisseurs de données et médias


L’augmentation de l’investissement durable depuis les années 1990 se reflète dans une croissance du nombre de fournisseurs de données et de médias qui couvrent ce secteur. Nombre d’entre eux se spécialisent dans un certain domaine, le plus souvent parmi les trois suivants : la collecte de nouvelles données à utiliser dans le processus d’investissement ; la conservation ou l’analyse des informations existantes qui peuvent constituer une base de données consultable ; la diffusion des informations relatives à la durabilité, et l’organisation d’événements pour une diffusion plus large.

De nombreux fournisseurs de données spécialisés vendent désormais aux investisseurs des données environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) qu’ils pourront utiliser dans leurs processus décisionnels. D’autres offrent des services de vote par procuration et conservent les comptes rendus de votes lors des assemblées générales, ce qui favorise le travail de dialogue et de gouvernance. Certains services utilisent même l’intelligence artificielle pour analyser des données non structurées ou aléatoires et y déceler des tendances.

Des sociétés de conservation sont nées pour regrouper dans des bibliothèques les livres blancs des investisseurs, les perspectives annuelles et des articles de fond, tandis que des médias spécialisés sont apparus pour couvrir ce secteur, organiser des conférences et diffuser les informations. Certains médias d’actualité couvrent ces trois domaines, créant des bases de données ESG complètes et des archives pour leurs clients.

Certains fournisseurs d’indices de marché et agences de notation se spécialisent également dans l’investissement durable. RobecoSAM travaille en partenariat avec le groupe Dow Jones depuis 1999, date à laquelle l’indice Dow Jones Sustainability Investing World a été créé. Celui-ci regroupe les entreprises les plus durables au monde sur la base des données collectées par RobecoSAM. D’autres indices ont été créés depuis, tels que le MSCI Global Sustainability, le MSCI ESG ou la série FTSE4Good. Concernant les notes, les entreprises spécialisées qui notent les fonds d’investissement en fonction des facteurs ESG et d’autres critères incluent Morningstar.

 


Collecter les données en interne


Dans l’industrie de l’investissement, pratiquement tous les gérants d’actifs et les banques disposent maintenant de leurs propres équipes internes de durabilité chargées de collecter des données et de les utiliser dans leurs processus d’investissement. Robeco utilise l’évaluation annuelle de la durabilité des entreprises (CSA) et le classement semestriel Country Sustainability Ranking (CSR) produits par la société sœur RobecoSAM.

La CSA est un questionnaire envoyé à plus de 4 000 entreprises cotées dans le monde, dont les 2 500 plus importantes. Celles-ci doivent répondre à 80-120 questions sur l’industrie et en rapport direct avec leurs opérations. Pour la dernière édition en 2017, une soixantaine de secteurs étaient représentés, avec plus de 600 données par entreprise.

Cette étude propriétaire sous-tend une grande partie du travail d’intégration des critères ESG réalisé chez Robeco et RobecoSAM. Et dans la mesure où elle évalue systématiquement les performances ESG des grandes entreprises cotées depuis 1999, RobecoSAM détient à présent l’une des bases de données les plus complètes au monde en matière d’informations de matérialité financière.

 


Trouver la logique à tout cela


L’augmentation de ces informations a donné naissance à une activité à part entière en vue d’améliorer la qualité et permettre aux investisseurs de trouver une logique à tout cela. De nombreuses entreprises sont disposées à faire part de leurs progrès en matière de responsabilité sociale des entreprises (RSE) ou d’autres initiatives de durabilité, mais elles ne possèdent pas les compétences de présentation pour communiquer de façon pertinente. Lancée en 1997 pour promouvoir la qualité des rapports de durabilité dans le monde, la Global Reporting Initiative compte à présent plus de 600 membres1.

De même, le Carbon Disclosure Project (CDP) est une organisation à but non lucratif qui rend compte des répercussions environnementales des entreprises, des villes et des pays. En 2018, il a publié son rapport « Global Supply Chain Report » sur les émissions. De nombreuses autres ONG accomplissent des fonctions similaires, telles que la Task Force on Climate-Related Financial Disclosures, qui fournit des informations détaillées sur les risques, par exemple l’évolution des tendances météorologiques, qui affecte considérablement les assureurs et les entreprises du littoral, entre autres2.


Initiatives de l’UE


L’expansion de l’investissement durable est telle que l’Union européenne travaille à présent à la création de règles du jeu équitables pour tous les acteurs actuels et futurs. En janvier 2018, la Commission européenne a publié les recommandations de son groupe d’experts de haut niveau sur la finance durable, qui a étudié la question pendant un an, en mettant notamment l’accent sur le secteur de l’ID.

Ces travaux ont permis d’élaborer des recommandations stratégiques pour créer un système capable de « fournir une feuille de route pour une économie plus verte et plus propre » au sein de l’UE. L’une des idées consiste à créer un cadre de travail commun (une « taxonomie ») visant à harmoniser les définitions dans l’univers de l’investissement durable et à définir des normes d’investissement. Il s’agit pour l’essentiel de définir ce qu’est l’investissement durable et ce qu’il n’est pas, dans la mesure où l’investissement durable signifie différentes choses pour différents groupes. Le Plan d’action sur la finance durable qui en sortira sera publié le 22 mars .

Ce plan d’action s’appuie sur d’autres initiatives internationales afin de créer un cadre de travail commun en matière de durabilité, en particulier dans la lutte contre le réchauffement climatique. On peut citer le communiqué final de l’accord de Paris, en 2015, un rapport du groupe d’étude du G20 chargé de la finance durable, en 2016, et l’initiative d’investissement climatique de l’OCDE, en 2017.

Donc, les données existent et elles démentent l’adage « il suffit de savoir où chercher », car il reste à déterminer comment les interpréter et quoi en faire. L’analyse des données peut aider, mais c’est une question que de nombreux investisseurs essaient toujours de résoudre. 4

So the data is there, and the old phrase that ‘you just need to know where to look’ doesn’t apply – but there remain issues in interpreting it and knowing what to do with it all. Data crunching can help, but this is an issue that many investors are still trying to come to terms with.

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