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Réalité ou fiction #2 : l’investissement durable ne s’adresse qu’aux idéalistes


L’investissement durable (ID) a beaucoup évolué ces dernières décennies, mais certains croient encore qu’il ne concerne que les domaines écologiques. D’autres estiment qu’il n’intéresse qu’une poignée d’idéalistes influencés par des groupes de pression.


Deuxième volet de la série d’articles écrits par Robeco concernant l’investissement Responsable. Guido Moret et Masja Zandbergen abordent aujourd’hui le public que doit conquérir l’ISR.

 

Ces deux mythes persistent car la notion moderne de durabilité provient en partie des campagnes « save the world » menées dans les années 1960. Des organisations telles que Les Amis de la Terre, fondée en 1969, ont exercé des pressions considérables pour mettre fin aux pratiques intolérables dans ce domaine, de la déforestation (qui malheureusement se poursuit) jusqu’à la pollution.

Les années 1980 ont été marquées par de grandes victoires environnementales, avec l’interdiction du pesticide DDT et le protocole de Montréal visant à supprimer progressivement l’utilisation des gaz CFC, après la mise en garde des scientifiques contre la destruction de la couche d’ozone par les aérosols. Dans les années 2000, l’interprétation de la durabilité s’est considérablement élargie, en étant notamment adoptée comme pratique courante par les gouvernements, les entreprises et les investisseurs. Aujourd’hui, elle concerne tous les milieux – pas seulement les militants – et représente des milliers de milliards de dollars d’investissements.

 


Unir les nations


C’est ce que l’on observe dans la liste des 17 Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, qui visent à améliorer la vie de chacun dans divers domaines généraux. Lancés en 2015, ces objectifs incluent des fondamentaux tels que la fourniture d’eau potable, une éducation de qualité, des soins abordables et l’égalité des droits. Les ODD ont été adoptés par 193 pays1.

Le monde des affaires joue un rôle essentiel car l’ONU a spécifiquement invité les entreprises et les institutions financières à contribuer à la réalisation de ces objectifs en 15 ans. Mais il ne s’agit pas que des grandes entreprises ou des secteurs directement accusés de ne pas être durables, comme les groupes pétroliers ou les fabricants de plastiques : il s’agit pour chaque entreprise de mener ses activités de façon respectable.

Par exemple, les banques devraient chercher à offrir des prêts adéquats aux taux adéquats, à suivre des normes éthiques strictes et à se doter d’une culture du risque clairement définie, en particulier après la crise financière mondiale. Dans la santé, les entreprises devraient se concentrer sur l’innovation, le capital humain et des modèles de tarification juste pour les principaux médicaments. Quant aux entreprises agroalimentaires, elles devraient tenter de fabriquer des produits plus sains, en réduisant les taux de sucre, par exemple2.

Pour les investisseurs, de nombreux fonds de pension et gérants d’actifs (dont Robeco et RobecoSAM) ont relevé le défi des ODD en intégrant des objectifs visant à atteindre le plus grand nombre d’ODD réalisables dans leur processus d’investissement. Le concept d’utilisation du capitalisme de libre-échange comme moyen d’améliorer le niveau de vie général a été formulé dans une précédente initiative de l’ONU, les Principes de l’investissement responsable (PRI). Lancés en 2006, ces six principes engagent les investisseurs à utiliser dans la mesure du possible les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs procédures. Robeco et RobecoSAM ont contribué à la création des PRI, qui comptent à présent 1 800 signataires3.

 


Le S et le G des ESG


L’adoption généralisée des critères ESG a joué son rôle. Elle a fait prendre conscience aux entreprises et à leurs actionnaires que la durabilité est importante sur le plan financier : elle peut directement affecter les résultats et les cours des actions. Plus qu’une forme d’idéalisme, la durabilité est apparue comme une façon intelligente de gagner de l’argent au fur et à mesure de l’adoption des critères ESG. Et si le « E » intègre en effet les thèmes écologiques sur lesquels les investisseurs sont toujours concentrés (et qu’ils considèrent à présent comme une opportunité commerciale dans des domaines tels que les énergies renouvelables), l’accent sur le « S » et le « G » est aujourd’hui bien plus important que par le passé.

Le facteur « S » n’est pas qu’un facteur de bien-être ; les études confirment que les travailleurs heureux sont des travailleurs productifs et que, de fait, il s’agit d’une question de matérialité financière. En 2011, une étude de la Wharton School de l’université de Pennsylvanie a analysé le lien entre la satisfaction des employés et les performances à long terme du marché. Elle a montré qu’entre 1984 et 2009, un portefeuille pondéré selon les capitalisations et composé des 100 premières entreprises américaines où il fait bon travailler avait vu leur titre enregistrer des performances supérieures de 3,5 % par an en moyenne à celles du principal indice de référence, et supérieures de 2,1 % à celles des indices de référence sectoriels4.

L’étude a également montré qu’en matière de résultats, les surprises étaient nettement plus positives dans ces entreprises. Les chercheurs en ont tiré trois conclusions : que la satisfaction des collaborateurs est positivement corrélée aux performances des actionnaires et qu’elle ne devrait pas représenter le « slack managérial » ; que le marché boursier ne valorise pas totalement les intangibles tels que le capital humain ; et que le fait d’intégrer au portefeuille des entreprises très sociales peut améliorer les performances des investissements.


Une meilleure gouvernance fonctionne également


Comme pour les facteurs humains, l’idée qu’une meilleure gouvernance peut améliorer le cours des actions a été confirmée par la Wharton School, en collaboration avec l’université de Harvard. En se basant sur l’incidence de 24 règles de gouvernance qui prévalaient en 2003, les chercheurs ont élaboré un « indice de gouvernance » afin d’évaluer les droits des actionnaires dans environ 1 500 grandes entreprises dans les années 1990. Ils ont ensuite défini une stratégie d’investissement consistant à acheter les entreprises situées dans le décile le plus bas de l’indice (celles qui offraient à leurs actionnaires les droits les plus solides) et celles situées dans le décile le plus élevé (droits les plus faibles)5.

Il a ainsi été découvert que dans les sociétés où les droits des actionnaires étaient les plus élevés, la valorisation de marché était plus élevée, la croissance du chiffre d’affaires et des profits plus importante, les dépenses d’investissement plus faibles et les acquisitions d’entreprises moins nombreuses. Les auteurs ont conclu que si cette stratégie d’investissement avait été réelle, elle aurait généré des rendements anormaux de 8,5 % par an durant la période observée.

Loin des seuls idéalistes, l’investissement durable concerne aujourd’hui l’ensemble des critères ESG, notamment les performances accrues pouvant découler de la mise en œuvre des facteurs sociaux et de gouvernance, et donc clairement tout un chacun.

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