Retour

La nouvelle finance : le début de la fin pour le monopole bancaire ?

Epargne solidaire | 16/02/2016

L’année 2016 a débuté par d’importantes turbulences boursières liées notamment à des craintes sur le ralentissement de l’économie mondiale et à la chute du pétrole. Dans son sillage, la baisse de l’or noir pose aussi quelques soucis aux banques françaises. Ces dernières ont beaucoup investi dans l’industrie pétrolière. Un prix du baril de pétrole à des niveaux particulièrement bas risque donc de peser sur leurs résultats. Ce faisant, les banques risquent encore davantage de restreindre le financement de l’économie réelle. Les différentes mesures de la Banque Centrale Européenne (abaissement des taux directeurs à niveaux historiquement bas et achats massifs de titres) ont eu pour but d’inciter les banques à financer les entreprises. Toutefois, l’offre de crédit est encore loin d’être à un niveau satisfaisant. L’agence de notation américaine Standard & Poor’s estime que les PME européennes auront besoin de 2 700 à 3 100 milliards d’euros de financement d’ici fin 2020. Face à cette dégradation du contexte bancaire, on peut s’attendre à une frilosité accrue des banques en matière de financement alors que les besoins des entreprises restent à des niveaux élevés. Ce décalage offre de nouvelles opportunités pour les formes alternatives de financement de l’économie. La nouvelle finance, sous ses différentes formes, apparaît donc comme un nouveau levier incontournable du financement des entreprises, au côté des banques. Celles-ci ne sont plus les seules à assurer le rôle premier d’une institution financière : le financement de l’économie. Alors, solution temporaire, ou véritable remise en cause du «  monopole bancaire  » ? Novafi vous propose ses éléments d’analyse.

Un monopole bancaire à la peine

Initialement, la pratique de l’activité de prêt nécessitait une autorisation de l’Etat. Cette autorisation est aujourd’hui distribuée par la Banque Centrale Européenne, sur proposition de l’ACPR, à toute banque qui remplit les conditions exigées. Le monopole bancaire ne concerne concrètement que la réception de fonds du public et la distribution de crédit.

A bien des égards, le fait que les banques soient les seules autorisées à distribuer des crédits peut parfois être un frein. Dans son baromètre sur le financement et l’accès au crédit des PME de Janvier 2016, le cabinet d’audit KPMG rapporte que 67% des dirigeants de PME interrogées remarquent au moins une mesure de durcissement des conditions de financement par les banques. Cette situation s’illustre dans 41% des cas par des financements de montants plus faibles que prévus ou accompagnés de frais élevés. Dans 30% des cas, les banques demandent des garanties supplémentaires. Les acteurs traditionnels de la finance traditionnelle font face à une régulation de plus en plus conséquente. Les banques européennes sont désormais dans l’obligation d’avoir d’importants fonds propres en face des crédits qu’elles accordent. De ce fait, elles ont été  contraintes de renforcer les conditions d’accès au crédit pour les projets entrepreneuriaux. Dans ces conditions, un nombre croissant d’entrepreneurs, petites entreprises et start-up se tournent vers d’autres alternatives, plus enclines à financer leurs projets. Ces alternatives sont les plateformes de crowdfunding, les banques éthiques ou bien les FEILT (Fonds Européens d’Investissement de Long Terme). Leur point commun ? Elles sont toutes nées des difficultés de la finance traditionnelle à financer les TPE-PME .

Cet environnement a finalement été fertile pour l’émergence de formes alternatives de finance, souvent plus directes, du prêteur à l’emprunteur, et plus transparentes. Les plateformes de crowdfunding, les produits d’épargne solidaire et les banques éthiques ont commencé à se faire une place de plus en plus conséquente dans l’environnement des investisseurs.

La nouvelle finance en profite

La nouvelle finance a pu se développer d’autant plus facilement que le système bancaire français n’est pas forcément adapté à tous les besoins de l’économie. En effet, il est plus difficile d’emprunter en l’absence d’actifs matériels, ou d’outils de production. Typiquement, les entreprises technologiques peuvent rencontrer des difficultés à se financer auprès des banques faute d’actifs matériels, car ceux-ci servent de garantie aux banques prêteuses pour rembourser d’éventuels impayés.  Il en est de même pour les entreprises de services tels que la formation, ou la création de site internet. Une autre catégorie de projet pouvait difficilement voir le jour dans le schéma bancaire traditionnel : ceux avec peu ou pas de fonds propres.

La nouvelle finance a su se faufiler dans cette brèche formée dans le monopole bancaire. Favorisée par l’environnement de taux bas, elle a su mobiliser l’épargne française particulièrement abondante pour financer les types de projets énoncés précédemment. Pour les services par exemple, plus difficiles à financer par les banques, Finance Participative France, l’association du crowdfunding en France, indique qu’ils représentent 33% des projets d’investissement contre royalties, 14% des projets d’investissement en capital et 21% des projets de prêts rémunérés. La nouvelle finance empiéte petit à petit sur le territoire des banques, mais celle-ci commencent à réagir. Ainsi nous vous parlions récemment de l’ouverture de la finance traditionnelle au financement participatif avec la création de partenariats entre Esfin Gestion et WiSeed, ainsi qu’entre Fortunéo et SmartAngels.

Quelles conséquences jusqu’à présent ?

Ces partenariats que nous évoquions, sont très probablement les premiers d’une longue série. Au Royaume-Uni, là où le crowdfunding s’est développé de manière précoce, les législateurs sont en train d’élaborer une nouvelle loi encourageant le développement de la nouvelle finance : si une institution bancaire refuse un crédit à une petite ou moyenne entreprise, elle sera dans l’obligation de proposer à cette entreprise une alternative provenant de la nouvelle finance. Les instances de l’Union Européenne ont également réagi. La commission européenne a créé le 9 décembre dernier, les fonds européens d’investissement de long terme (FEILT). Ces derniers ont vocation à investir à long terme dans des sociétés non cotées, ou cotées, pour des PME, des projets d’infrastructures ou bien d’autres actifs non liquides. Ils seront ouverts aussi bien aux épargnants individuels, qu’aux investisseurs institutionnels et ils auront pour obligation d’investir 70% de leur capital dans des actifs émis par des entreprises éligibles. C’est une nouvelle source, potentiellement importante, de financements pour les petites entreprises.

Du côté des institutions financières, il semblerait qu’elles commencent à s’intéresser à ces nouvelles pratiques. Si on constate un intérêt grandissant pour les fonds ISR, on s’aperçoit également que les grandes institutions financières se soucient de plus en plus de leur comportement « éthique ». En effet, elles commencent à réaliser qu’afin de retrouver la confiance de leurs clients, elles doivent faire preuve d’intégrité, de transparence et de prudence. On pouvait lire dans le rapport de janvier 2016 d’une grande banque :

« Ré établir la confiance dans le secteur bancaire constitue une opportunité stratégique et sera assurément un avantage compétitif de long terme. Un modèle de finance éthique est un investissement dans la confiance des clients qui permet de meilleurs rendements (…) »

Elles s’aperçoivent qu’à différents égards, les pratiques de la nouvelle finance peuvent être complémentaires avec leurs activités. Ainsi, bien qu’elle remette sérieusement en cause le monopole bancaire, cette nouvelle finance offre l’opportunité aux acteurs traditionnels se réinventer. Quant aux nouveaux protagonistes, s’ils veulent continuer à prospérer et trouver des relais de croissance, ils auront tout intérêt à s’associer aux acteurs traditionnels de la finance qui possèdent un accès privilégié aux épargnants.


 Pour en savoir plus, veuillez retrouver :

– Notre article sur l’ouverture de la finance traditionnelle.

– Notre résumé du baromètre 2015 de la finance participative.

Share on FacebookShare on Google+Share on LinkedInTweet about this on Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.