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Le microcrédit : définition et chiffres clés

Epargne solidaire | 05/12/2017


Les institutions de microfinance (IMF) fournissent des services financiers de base (crédit, dépôt, transfert d’argent) aux personnes exclues du système bancaire en raison de leurs faibles revenus, en général les habitants pauvres des pays en développement. Les clients sont des micro-entrepreneurs en zone urbaine (boutiquiers, restaurateurs) ou rurale (agriculteurs) auxquels sont accordés des prêts allant d’une centaine à plusieurs milliers de dollars.

Publié en juillet 2017 par Convergences, le baromètre de la microfinance 2017 estime que les IMF ont accordé des prêts à 132 millions de clients à l’échelle mondiale pour un total de 102 milliards de dollars. Lancé dans les années 70 au Bangladesh par Muhammad Yunus, le microcrédit est un secteur arrivant à maturité et qui représente une part importante des financements des fonds d’investissement à impact social (15 milliards de dollars d’encours de prêts).

Qu’est ce qui explique le succès du microcrédit ? En choisissant de fournir des prêts de groupe, l’idée de la Grameen Bank de Yunus consistait non pas à miser sur un capital financier comme l’aurait fait une banque traditionnelle mais sur un capital social. Malgré l’absence de collatéral (capital financier), les prêts ont été remboursés car les liens sociaux entre les emprunteurs facilitaient le remboursement (capital social). La véritable innovation du microcrédit n’a pas été de prêter aux pauvres mais de trouver un moyen de le faire, i.e. un business model.

Source : Baromètre de la microfinance 2017, Convergences

L’impact social du microcrédit


L’originalité dont a fait preuve le microcrédit a été de sortir ces micro-entrepreneurs du circuit de l’usure informel pour lequel les taux d’intérêt étaient supérieurs à 100%. Les femmes représentent 84% des clients des IMF au niveau mondial, ce qui a un impact social positif, et qui constitue un levier le développement. En effet, les travaux d’Esther Duflo notamment (Repenser la pauvreté, 2012) ont montré que confier la gestion du budget familial dans les pays en développement à la mère de famille augmentait la proportion d’argent investi dans la santé et l’éducation des enfants.

La microfinance peut être un exemple pour l’évaluation des performances sociales des entreprises privées, que ce soit dans le cadre de critères ESG ou de l’évaluation de la performance d’un social business. C’est l’un des seuls secteurs de l’ESS où les acteurs ont à leur disposition des outils qui permettent d’évaluer et de suivre leur performance sociale année après année. L’outil de référence est celui de CERISE, une association française, qui a été développé de concert avec plusieurs fonds spécialisés en microfinance. Les rapports de la Social Performance Task Force (SPTF) ont aidé des organisations comme Responsible Microfinance Facility (fondé par l’AFD), Opportunity International, ACEP, et des investisseurs comme Symbiotics, la SIDI, la Fondation Grameen du Crédit Agricole et I&P à identifier les risques sociaux et à définir une assistance technique ciblée.


Perspectives d’évolution du microcrédit


Source : données du MixMarket

Pourquoi alors investir son épargne destinée à dégager un rendement financier et social dans le financement d’un secteur mature ? Cette maturité offre justement des rendements réguliers et donc un niveau de risque faible. Chasse gardée des ONG dans les années 90, le microcrédit est désormais composé d’acteurs aux business model bien établis, notamment en Amérique Latine et en Asie. L’Inde, le Cambodge, le Bangladesh ou encore le Pérou et le Mexique figurent dans le top 10 des pays où les encours de prêts sont les plus importants. L’épargne disponible pour les fonds est désormais investie dans le développement de la microfinance au Maghreb et en Afrique subsaharienne où les perspectives de croissance à long-terme sont plus importantes. Le défi reste de taille : dans son étude Global Findex, la Banque Mondiale estime que deux milliards de personnes n’ont pas accès aux services financiers de base dans le monde. La plupart vit en zone rurale dans les pays en développement, zone que les IMF atteignent progressivement grâce à de nouveaux investissements.

Les IMF se sont tournées au fur et à mesure de leurs croissances vers de nouveaux services, comme la levée de dépôts qui représentent 57% des sources de financement des IMF en 20161 ou le mobile banking. Les premiers services numériques liés à l’activité d’une IMF ont été lancé au Kenya : les clients peuvent rembourser leurs échéances, transférer de l’argent via leur téléphone, c’est le mobile banking. Les clients peuvent également déposer ou retirer leur épargne dans une boutique partenaire de l’IMF, c’est l’agency banking. Ces nouveaux services offrent des potentialités de développement importantes car ils permettent aux IMF de toucher plus facilement des clients en zone rurale.


Limites du microcrédit


Le microcrédit appartient au secteur de l’économie solidaire, capable de générer un rendement financier et social. Néanmoins, certains scandales et analyses relayés dans l’actualité ont pu ternir l’image du secteur auprès du grand public. Au Mexique, l’IMF Compartamos a réussi son introduction en Bourse et affiche des taux de rentabilité importants dans la mesure où elle charge à ses clients des taux d’intérêt annuels de l’ordre de 110%. Ces mauvaises pratiques ne sont pas représentatives d’un secteur pour lequel les taux d’intérêt se situent entre 15% et 50% en fonction des pays. Ces taux élevés s’expliquent par les coûts de transaction liés à l’activité du microcrédit : le nombre élevé de clients par institutions, agences et chargés de clientèle augmente les dépenses opérationnelles. Ces taux doivent également être mis en relation avec le taux directeur de la Banque Centrale du pays et donc le coût du financement local.


Comment investir dans le microcrédit


Le fonds suisse Symbiotics évalue à 15 milliards de dollars les financements publics et privés orientés vers le secteur de la microfinance (10 years of research of practice, White paper, Symbiotics). La plupart des fonds viennent de fonds privés qui investissent de la dette (83% des financements).

Ces fonds ne sont accessibles en France qu’aux investisseurs qualifiés mais NOVAFI recense certains fonds qui vous permettent d’investir dans le microcrédit par l’intermédiaire de gestionnaires :

  • Le Livret Oikocrédit est géré par le Crédit Coopératif, 90% sont utilisés par Oikocrédit qui œuvre au développement de la microfinance dans les pays émergents. Oikocredit est une société financière coopérative fondée en 1975 à l’initiative du Conseil Oecuménique des Eglises.
  • Le FCP Solidarité – CCFD – Terre Solidaire propose un mécanisme de partage de revenus : 50% ou 75% des revenus annuels sont reversés à l’ONG CCFD – Terre Solidaire qui œuvre au développement de la microfinance dans les pays émergents. 5 à 10% des sommes collectées sont investies dans des activités solidaires. En 2016, plus de 143 000€ de dons ont été versés au CCFD – Terre Solidaire.
  • Il est également possible de prêter directement à des micro-entrepreneurs dans les pays émergents via la plateforme de crowdfunding Babyloan. Depuis sa création en , Babyloan c’est plus de 17 millions d’euros prêté dans 17 pays pour soutenir plus de 35 000 micro-entrepreneurs.

La naissance du microcrédit a également vu l’essor de services de microcrédit en Europe et en France où l’ADIE, créé par en 1989 par Maria Nowak, est le leader historique du marché.

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