Retour

Le livret Rev3 du Crédit Coopératif : retour sur une belle réussite

Epargne solidaire | 08/04/2016

Le livret Rev3 lancé par le Crédit Coopératif avec la CCI Nord de France a fêté son premier anniversaire le 29 mars 2016. Après un an, il nous a paru légitime de faire le bilan de ce premier livret revêtant une véritable dimension régionale. A cette fin, Jérôme Henry, directeur de l’innovation au Crédit Coopératif, a accepté de répondre à nos questions.

GC : Le livret Rev3 se base sur une approche régionale, en quoi cette démarche est-elle originale ?

JH : Rev3 est le seul livret bancaire français permettant à l’épargnant de choisir que son épargne finance des crédits dans une région donnée et autour d’un thème donné. Il est également possible de souscrire à Rev3 sans habiter dans la région en question.

GC : Pourquoi le crédit coopératif a-t-il mis en place ce livret ? Pour répondre à quel besoin non pourvu ?

JH : Le Crédit Coopératif est un spécialiste de l’épargne solidaire et de partage, et de l’ISR. Dès 2008, nous avons voulu promouvoir la notion de « traçabilité » pour compléter sa gamme ; et le livret TRI (Troisième Révolution Industrielle) ou Rev3 est donc la suite de cette histoire grâce à une belle rencontre avec la CCI et la région Nord. C’était pour nous l’occasion de tester une autre étape du financement citoyen, et le succès a été au rendez vous.

GC : On voit fréquemment ressortir le terme « traçabilité » quand on traite de Rev3, mais qu’est-ce que le Crédit Coopératif entend par cela ? Comment assure-t-il cette traçabilité à des épargnants parfois craintifs envers le système bancaire ?

JH : La traçabilité est un concept assez simple. Posez-vous la question suivante : à votre avis, que fait la banque de votre argent placé sur votre compte à vue ? Au Crédit Coopératif, nous savons que 75% de notre collecte (incluant les comptes à vue) est prêtée à nos clients qui sont, en termes de prêts annuels, à 80% des personnes morales de l’économie sociale et solidaire (ESS) et 20% des personnes physiques. On peut donc dire en toute logique que 75% de l’argent des comptes à vue du Crédit Coopératif finance déjà l’ESS au sens large.

Nous avons proposé à nos clients, désirant aller plus loin, de prendre un compte « Agir » où ils décident que 75% de leur solde moyen finance plutôt un secteur. Ainsi, le Crédit Coopératif marque les prêts accordés à ces secteurs dans ses bases pour qu’ils correspondent à cette communauté et pour qu’ils ne soient pas financés par d’autres ressources. Le Crédit Coopératif est la seule banque à faire cela. Nous nous obligeons à cette traçabilité, mais étant dans une relation de confiance avec nos clients et respectant la confidentialité de leurs données, nous ne restituons pas la liste de tous les prêts accordés. Appelons cela de la traçabilité de niveau 1.

Avec TRI, nous avons lancé un test de traçabilité de niveau 2. Les bases sont les mêmes (75% en direction de prêts pour des petits porteurs de projet du Nord et pour financer la TRI) mais en plus de cela, nous avons ajouté l’envoi d’un récapitulatif des prêts en début d’année suivante, complété de quelques éléments sur l’économie de la région. Dans le cas de Rev3, il y a même eu une soirée « traçabilité » pour que les épargnants rencontrent une partie des entreprises financées. Nous pouvons désigner cela comme de la traçabilité de niveau 2.

Une traçabilité de niveau 3 n’est pas réalisable en banque car ce serait du 1 euro d’épargne pour 1 euro de prêt. Cela n’est réalisable qu’en crowdfunding. C’est pourquoi le Crédit Coopératif a créé des partenariats avec ces acteurs du financement participatif pour apporter à ses clients la panoplie complète de traçabilité.

GC : Avec plus de 1 200 épargnants et 11,4 millions d’euros récoltés, on considère Rev3 comme un succès. Envisagez-vous d’élargir ce modèle à toutes les autres nouvelles régions ?

JH : C’est effectivement un succès puisque les fonds récoltés sont deux fois supérieurs à nos attentes. D’autres CCI pensent également à un format TRI, mais seul le Nord est véritablement en avance sur le sujet. Le livret est, quant à lui, fait pour être déclinable dans toutes les régions. Le Crédit Coopératif sort justement un livret du même format que le TRI, dans toutes les régions. Ce livret « Coopération pour ma région » financera plutôt l’ESS régionale et si possible l’innovation sociale.

GC : Pour les autres livrets, comment sera choisie la destination des fonds (industries privilégiées) ? Est-ce une décision de la région ou bien le Crédit Coopératif intervient-il dans ce choix ?

JH : Notre idée est de laisser la région (car nous avons au dessus de chacune de nos régions bancaires, un comité composé de personnes morales et personnes physiques qui animent notre banque/ESS) décider annuellement de son axe thématique de financement. Ce n’est pas réalisable la première année car il faut amorcer le choix du sujet. Par la suite, l’idée est effectivement que les comités régionaux de la banque choisissent leur axe de financement, c’est ce qu’on peut appeler l’intelligence territoriale.

GC : L’initiative d’encourager les épargnants modestes et les étudiants à financer leur territoire est très louable, mais sera-t-elle répliquée pour les autres livrets régionaux ?

JH : Non. Cela a moins de sens que pour la troisième révolution industrielle. Cette initiative avait pour objectif de faire bouger les écoles et les universités du territoire, et aussi parce que le Nord est marqué par cette culture ouvrière. Cette initiative s’inscrivait donc parfaitement dans le produit.

GC : L’épargnant doit-il finalement arbitrer entre un rendement social et rendement financier ? N’est-il pas possible d’offrir un livret avec un rendement financier classique et un rendement social supplémentaire par rapport à un livret classique ?

JH : Nous faisons les deux approches car elles n’ont pas le même rôle. On améliore le niveau de taux d’un livret (Livret Agir) pour inciter les clients à partager. Le Crédit Coopératif fait donc un effort pour entrainer une habitude dans ce geste. Le livret Agir rémunère 1,25% l’épargne jusqu’à 15 300 euros. Il y a donc un taux livret + un bonus solidaire. Sur d’autres livrets, le client fait un effort de taux, pour que le Crédit Coopératif puisse faire des prêts moins chers dans certaines thématiques. C’est notamment le livret Codevair Crédit Coopératif qui rémunère à 0,5% de moins que le livret A, mais qui fait des prêts à 60 mois à 1,25% pour Installer une chaudière bois, isoler avec des matériaux naturels ou acheter une voiture électrique, par exemple.


Le bilan de Rev3 :

 

infographie-livret-rev3


Pour en savoir plus, retrouvez :

– La fiche du Crédit Coopératif sur Novafi ;

– La fiche du Livret Coopération pour ma région.

 

 

Share on FacebookShare on Google+Share on LinkedInTweet about this on Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.