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Réalité ou fiction #5 : l’investissement durable n’a pas de répercussions claires sur la société


L’investissement durable est devenu une manière intelligente de gérer son argent, mais bénéficie-t-il aux autres ? Il est parfois difficile de montrer quels effets positifs l’investissement durable a sur la société, en particulier s’il est considéré comme un coût.


Aujourd’hui, Guido Moret et Masja Zandbergen, deux spécialistes de l’ISR au sein de la société de gestion Robeco, abordent les impacts supposés et réels de l’investissement responsable. Quelles répercussions sur la société après des « impact investing » ?

 

En effet, les initiatives vertes n’aboutissent pas toujours aux résultats escomptés, comme le montre la sortie progressive du nucléaire entamée en Allemagne suite à la catastrophe de Fukushima en 2011 (Japon). Cette cause est louable, mais elle a pour conséquence de rendre le pays plus dépendant de ses centrales à charbon, ce qui va l’encontre du programme de transition énergétique du pays (Energiewende) puisque, au lieu de diminuer, les émissions de carbone augmentent.

Une approche plus globale est donc nécessaire afin que tous les bénéfices (ou dommages) apportés à l’ensemble du système soient mesurés, pas seulement une partie d’entre eux. Une manière d’avoir une incidence mesurable consiste à investir dans les Objectifs de développement durable de l’ONU – 17 objectifs visant à améliorer les conditions de vie dans le monde. On ne peut pas dire que ce soit une mauvaise idée, mais comment cela se passe-t-il en pratique ?


Trois étapes vers la durabilité


Construire un portefeuille en ayant une influence concrète sur les ODD consiste en premier lieu à sélectionner les bonnes valeurs. Robeco et RobecoSAM le font en trois temps. Premièrement, nous examinons ce qu’une entreprise fabrique et si ses produits contribuent de manière positive ou négative aux ODD. Les contributions positives sont celles des fabricants de médicaments, d’équipements d’eau potable et de tout produit améliorant la santé. Les contributions négatives sont celles des producteurs de gaz de schiste, de tabac ou de services à fortes émissions de carbone.

Deuxièmement, nous analysons le processus de production des biens et services d’une entreprise. Nous examinons son historique en matière de pratique professionnelle, de relations de travail et d’éventuels problèmes en matière de droits humains. Enfin, nous vérifions que l’entreprise ne fait l’objet d’aucune polémique en matière de pollution, de corruption ou de vente abusive dans des secteurs tels que la finance ou les produits pharmaceutiques. Les résultats sont quantifiés dans un autre outil de recherche propriétaire de RobecoSAM, une méthode de notation des ODD pouvant être utilisée dans différents secteurs.

Par exemple, un score élevé est attribué aux banques de détail qui prêtent davantage d’argent aux marchés émergents, ce qui contribue à l’ODD 1 (éradication de la pauvreté), ou aux entreprises agroalimentaires dont plus de la moitié des produits sont sains ou à faible teneur en sucres, ce qui contribue à l’ODD 2 (éradication de la famine). Des exemples peuvent être trouvés pour la plupart des entreprises, bien que certaines soient exclues d’office : fabricants de tabac ou d’armes, etc.

 


Utiliser l’actionnariat actif


L’« actionnariat actif » permet également d’avoir un impact. Il s’agit d’utiliser le vote et le dialogue pour obtenir des améliorations dans les entreprises dont le comportement n’est pas conforme aux bonnes pratiques ESG (environnement, social et gouvernance).

Les actionnaires qui ne sont pas satisfaits des politiques d’une entreprise peuvent voter contre celles-ci durant les assemblées générales annuelles ou bloquer les résolutions qui ne leur conviennent pas. Ce processus a été utilisé avec succès en 2017 : des investisseurs ont soumis des propositions aux AG de deux grands groupes pétroliers pour leur demander d’effectuer des « stress tests » sur la façon dont leurs activités seraient affectées par la nécessité de respecter les objectifs climatiques.

Ces deux résolutions ont été votées à une large majorité, obligeant les groupes pétroliers à détailler comment ils seraient affectés par la nécessité de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius. Cela inclut la question potentiellement coûteuse des actifs bloqués (ressources fossiles qui ne pourront être utilisées si l’on veut atteindre les objectifs). Dans la mesure où chaque habitant de la planète est affecté par le changement climatique, il ne fait aucun doute que le rôle joué par les groupes pétroliers pour limiter celui-ci aura un bénéfice social.


Comment fonctionne l’engagement


Le dialogue actif est un autre outil puissant. Il s’agit pour l’investisseur de discuter avec l’entreprise afin de rechercher des améliorations à apporter dans un domaine ESG ou un autre. Robeco consulte régulièrement les autres actionnaires et créanciers obligataires et a dialogué avec environ 200 entreprises en 2017. En fin d’année, plus de 240 milliards d’euros d’actifs étaient sous engagement et plus de 60 milliards inscrits au vote.

En 2017, trois universitaires spécialisés dans la gouvernance d’entreprise ont réalisé une étude afin de déterminer si un tel engagement par les actionnaires avait généralement un effet. Ils ont analysé les données de 660 entreprises avec lesquelles les investisseurs avaient discuté de plusieurs questions ESG, représentant un total de 847 échanges au total1.

Leur conclusion est sans équivoque : « Ces discussions ont entraîné d’importants ajustements dans les notes ESG. Cette forme d’activisme a davantage de chances de fonctionner dans les entreprises ayant déjà un bon historique ESG, peu concentrées en termes d’actionnariat et à croissance modérée. Les avantages sont visibles dans le chiffre d’affaires et la croissance, sans que la rentabilité n’en soit modifiée. Les entreprises visées ont surperformé les autres de 2,7 % dans les 6 mois ayant suivi le dialogue, tandis que les 25 % entreprises affichant au départ le plus faible historique ESG ont enregistré une hausse de 7,5 % sur un an. » Cette étude montre que l’argent est véritablement roi et que l’engagement crée un impact à la fois financier et social.

Et les investisseurs font attention aux répercussions qu’ils ont sur la société. Selon une enquête réalisée en 2015 par le groupe de médias Responsible Investor, trois quarts des investisseurs ont indiqué que les questions ESG faisaient partie des cinq critères prioritaires dans leurs procédures de sélection des gérants de portefeuille. Environ 85 % ont révisé la politique d’investissement durable de leurs gérants d’actifs, tandis que plus de 80 % souhaitaient mieux comprendre et améliorer les effets positifs de leurs investissements sur la société2.

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