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Léo Lemordant, président d’Enerfip, répond à nos questions

A l’occasion de la première émission obligataire via blockchain réalisée par Enerfip, nous vous racontions quelles étaient les implications d’une telle nouveauté. Afin d’être plus précis sur cette opération et sur les tenants et aboutissant de cette dernière, Léo Lemordant, président d’Enerfip a accepté de répondre à nos questions.

GC : Quelles ont été les motivations d’Enerfip pour avoir recours à la blockchain ?

LL : La technologie blockchain possède différents intérêts à la fois pour nos clients (les porteurs de projets) et pour la plateforme. En émettant des obligations via la blockchain, les coûts, frais d’émission et contraintes administratives et légales diminuent très fortement. A l’heure qu’il est, les obligations sont contraignantes car il est nécessaire de tenir un Registre des mouvements de titres ce qui constitue un travail non négligeable. Aujourd’hui, la solution agile du crowdfunding serait le prêt mais il ne permet pas de cession de titre comme les obligations. La blockchain permet, à travers les smart contracts, une standardisation des contrats, et une automatisation de leur application. Ces éléments autorisent nos clients de ne plus être soumis aux contraintes traditionnelles de l’émission d’obligations et donc d’avoir recours à des outils de financement flexibles qui correspondent à leurs besoins.

GC : Pour y avoir recours maintenant ?

LL : Le choix de commencer dès maintenant à utiliser cette technologie est lié à l’évolution réglementaire du crowdfunding qui interviendra en Octobre 2016. Il y a une volonté gouvernementale et des autorités de régulation à ce que la Blockchain se généralise car elle présente des avantages importants. Notre test d’émission obligataire via blockchain est donc l’occasion de tester cette technologie afin de répondre aux enjeux de sécurité que le recours à la blockchain impose, et pouvoir faire de la pédagogie sur cette nouvelle technologie. Les smart contracts sont encore peu utilises car non reconnus par les Etats comme opposable juridiquement. Il n’y a qu’aux Etats-Unis qu’une émission de titres financiers via la blockchain a été mise en place. La France souhaite se positionner sur ce sujet.

GC : Quel projet sera financé via la blockchain et avec quel partenaire ?

LL : Nous préférons ne pas communiquer sur le projet en particulier. Tout se fera en plus et en parallèle de l’activité de la plateforme Enerfip afin d’assurer un maximum de sécurité à nos utilisateurs. Quant aux partenaires, nous travaillons en collaboration avec un cabinet spécialisé dans les outils numériques et les data science, ainsi qu’avec notre cabinet d’avocats sur les aspects légaux. En parallèle de cette initiative qui s’intéresse à l’utilisation d’une blockchain ouverte, nous avons aussi noué des liens avec un grand groupe bancaire français pour explorer l’option technologique de la blockchain privée.

GC : Pourquoi votre choix s’est-il porté sur une blockchain ouverte plutôt que fermée ?

LL : C’est un débat lié à la blockchain en elle-même. Différents modèles s’opposent. Selon nous, une blockchain ouverte ou publique présente un intérêt majeur : elle est inviolable et il n’y a pas d’illusion du contrôle des acteurs. Certains acteurs considèrent que les blockchain privées sont plus sécurisée que les blockchain ouvertes car elles restreignent et contrôlent les acteurs autorisés à y participer. Or, selon nous, paradoxalement, c’est plutôt l’inverse qui est vrai puisqu’au sein d’une blockchain ouverte, même si tout un chacun peut accéder au registre, il est impossible à qui que ce soit de modifier le registre a posteriori. Un utilisateur ne peut en effet modifier le registre que s’il possède une capacité de calcul supérieure à la moitie de l’ensemble de la capacité de calcul du réseau. Plus il y a d’utilisateurs, moins chaque utilisateur peut être à même de modifier le registre. La blockchain ouverte constitue en cela un garde-fou contre la manipulation de marché. L’histoire l’a déjà montré, le hack réalisé sur Ethereum (TheDAO project) ne s’est jamais réalisé sur Bitcoin qui est pourtant une blockchain ouverte vieille de 7 ans déjà. Un tel système permet aussi d’éviter tout type de collusion entre un nombre limité d’acteurs, et donc d’éviter des scandales du type Libor.

GC : Comment souhaitez-vous inviter les autres acteurs du crowdfunding à utiliser la blockchain ?

LL : Beaucoup d’acteurs du financement participatif réagisse de la manière suivante : ce n’est pas notre métier, laissons les professionnels développer cette technologie. Nous avons décidé d’être pro-actif afin d’apprendre et d’être opérationnel rapidement sur cette technologie. Ce n’est pas vraiment à nous de démarcher les autres acteurs du crowdfunding, une expérience réussie via blockchain sera probablement plus efficace que de grands discours d’ailleurs. A ce moment-là, d’autres se joindront peut-être. Nous espérons également engager un dialogue avec les autorités, et se faire en particulier les avocats des blockchains ouvertes.

GC : Qu’est-ce que la blockchain va changer à terme pour les utilisateurs d’Enerfip et pour les épargnants ? 

LL : On imagine deux types d’effets. A court-terme, cela dépendra des décrets d’application. Aujourd’hui, sur une plateforme comme la nôtre, les charges administratives sont très lourdes pour nos clients par exemple en termes de signature des bons de souscription etc… Nous espérons donc voir un « choc de simplification » avec les mini-bons, et a fortiori avec la blockchain. A long terme, la blockchain fournit une transparence accrue pour les utilisateurs des plateformes de crowdfunding en ce sens que les registres, tenus par les sociétés émettrices, seront mis à jour automatiquement et désormais accessibles aux souscripteurs : il y aura une plus grande transparence a moindre coût. Toutes les conditions seront réunies pour créer et organiser simplement un « marché secondaire » qui permettra aux investisseurs de revendre leurs titres. Cette liquidité est très appréciée des investisseurs, et apportera assurément un boost au secteur du financement alternatif. Cette nouvelle liquidité sera un énorme progrès pour Enerfip et les projets de la transition énergétique qui se font intrinsèquement sur des temps longs.


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