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L’entrepreneuriat féminin, un levier de développement

« Nous apprenons aux filles à se diminuer, à se sous-estimer. Nous leur disons : tu peux être ambitieuse, mais pas trop. Tu dois viser la réussite sans qu’elle soit trop spectaculaire, sinon tu seras une menace pour les hommes ». Ces propos, extraits d’un discours de Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine nigériane, mettent l’accent sur une réalité qui frappe un grand nombre de femmes dans le monde. Elles sont victimes de coutumes et traditions qui les empêchent de réaliser leurs rêves et de devenir autonomes. Pour la plupart, elles sont amenées à fonder un foyer très jeunes, à dépendre des hommes et à élever des enfants sans espérer de perspectives professionnelles. Les femmes sont donc plus touchées par la pauvreté: 70% des personnes pauvres dans le monde sont des femmes. Toutefois, de nombreux organismes commencent à sensibiliser ces dernières et, notamment grâce à l’amélioration de l’accès à l’éducation, on assiste à l’émergence de femmes ambitieuses qui désirent reconsidérer la place de la femme dans la société. Ce besoin d’autonomie a conduit à l’essor de l’entrepreneuriat féminin à travers le monde.

 

Pourquoi soutenir l’entrepreneuriat féminin ?

« Quand les femmes avancent, le monde avance avec elles ». Ce proverbe africain montre l’importance de l’émancipation de la femme dans le développement d’une économie. En effet, de nombreuses études montrent que la femme a tendance à utiliser ce qu’elle gagne pour les besoins de sa famille, le réinvestir. Or, les femmes sont particulièrement touchées par l’exclusion financière et la pauvreté. Elles peinent à trouver le financement nécessaire pour lancer des projets. Depuis quelques années, grâce à l’essor du microcrédit et d’autres moyens de financement, les femmes peuvent désormais mettre en place des projets afin de devenir autonomes. Des études ont montré que l’entrepreneuriat féminin bénéficie à l’économie d’un pays. Une étude faite par les experts de la Banque Mondiale indique qu’une augmentation de 10% des crédits accordés aux femmes permettait un accroissement de 8% de la scolarisation des enfants et une baisse de 5% de l’extrême pauvreté. En ce sens, dans de nombreux pays, on note une corrélation entre le développement de l’entrepreneuriat féminin et la baisse de certaines pratiques telles que l’excision, les mariages précoces, etc. Prenons l’exemple du Burkina Faso où la prévalence de l’excision est passée de 49,5 % en 2006 à 31,4 % en 2015 ; cette évolution dans la mentalité est dû au fait que de nombreuses femmes deviennent indépendantes et ont désormais  accès à l’éducation qui leur permet de remettre en cause ces pratiques.

Ainsi, l’entrepreneuriat féminin est un levier de développement économique mais aussi social que les gouvernements ne doivent pas sous-estimer.

 

Où en sommes-nous ?

Les femmes n’ont pas les mêmes chances que les hommes pour démarrer et faire croître leur entreprise. Toutefois, la croissance de l’entrepreneuriat féminin est non négligeable. Lors du sommet DWEN (Dell Women’s Entrepreneur Network) qui s’est tenu en Afrique du Sud en juin, plus de 150 femmes venues du monde entier, toutes chefs d’entreprise, se sont rencontrées afin de s’entraider, s’inspirer les unes des autres. Ce forum a aussi permis aux femmes de parler des obstacles auxquelles elles ont été confrontées. Selon Cherie Blair, présidente d’une fondation dédiée aux femmes entrepreneures, « elles se heurtent au problème des trois C : manque de confiance, manque de capacités et manque de capital ». De nombreux moyens de financement ont alors  émergé pour aider les femmes à surmonter ces obstacles.

Tout d’abord, selon le baromètre de la microfinance de 2014, une femme sur deux n’est pas bancarisée. Les femmes sont donc devenues la cible principale des institutions de microfinance : 73% de la clientèle des institutions de microfinance sont des femmes. Aussi, les femmes remboursent mieux et sont plus fiables selon ces institutions : le taux de recouvrement est évalué à 98%. Le microcrédit est  pour les femmes un bon moyen de financer leurs projets et de s’émanciper. 

Le crowdfunding contribue aussi au développement de l’entrepreneuriat féminin. Le prêt solidaire –prêter une somme d’argent de façon désintéressée- a permis à de nombreuses micro-entrepreneures de pouvoir démarrer un projet qui leur permet de sortir de l’extrême pauvreté. La plateforme Babyloan a permis à des dizaines de femmes, comme Nancy qui veut acheter des confiseries pour son commerce au Pérou, d’avoir l’opportunité de financer leur projet. Myannona permet de financer les projets de femmes entrepreneures grâce à  des prêteurs qui seront rémunérés en nature dans le cadre d’un don ou avec des intérêts dans le cadre d’un prêt. Cette plateforme a permis le financement de nombreux projets d’entrepreneures dont le projet Lilabio qui consiste à mettre en place un site internet de vente de produits biologiques made in France. Par ailleurs, le Club Local d’Épargne pour les Femmes qui Entreprennent (CLEFE) contribue au financement de la création ou du développement d’entreprises créées et gérées par une ou plusieurs femmes.

Enfin, de nombreuses organisations et fondations mettent en place des projets pour soutenir l’entrepreneuriat féminin. En ce sens, la fondation Coca-Cola a lancé le projet 5BY20 qui a pour objectif d’assurer l’autonomisation financière de 5 millions de femmes dans le monde. Ce projet a permis à 1,8 millions de femmes de bénéficier d’une aide financière qui leur permet de se lancer dans l’entrepreneuriat et de bénéficier d’une formation qui les aide à développer leur confiance en elle et en leur projet.

 

« Durant ma vie, nous sommes passés d’un marché du travail qui confinait les femmes à une poignée de petits boulots mal payés à un moment où les femmes ne représentent pas seulement la moitié de la main d’œuvre mais sont aussi dans des positions de pouvoir dans tous les secteurs, du sport à l’espace, de Hollywood à la Cour Suprême » explique Barack Obama. Nous devons voir le verre à moitié plein ; l’entrepreneuriat féminin est en plein développement, et dans certaines régions du monde, les femmes entreprennent autant que les hommes. Même si le chemin à parcourir est encore long, la femme a désormais l’opportunité de s’exprimer et d’exprimer son savoir-faire.

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