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Investissement responsable, les mécanismes économiques

Le terme investissement responsable est souvent perçu comme plutôt destiné aux initiés. Il est vrai que derrière cette expression relativement accessible, se cachent différents termes techniques plutôt compliqués. Pourtant, les implications liées à l’ISR sont à la portée du plus grand nombre. C’est pourquoi Novafi entend vous présenter les implications de l’Investissement Socialement Responsable vu par la théorie économique.

Des marchés mal orientés

Accordons-nous tout d’abord sur certains points importants. Le coût du capital pour une entreprise correspond aux intérêts perçus par l’agent économique qui investit ce capital. D’un côté, si une entreprise se voit proposer des capitaux par un très grand nombre d’acteurs, elle choisira l’acteur qui sera le moins gourmand : celui pour lequel le coût de capital sera le plus faible. De l’autre, si cette même entreprise a besoin de beaucoup de capital et que peu d’acteurs sont disposés à lui fournir des capitaux, elle sera vraisemblablement contraintes d’accepter un coût du capital plus important. C’est la loi de l’offre et de la demande.

Dans cette logique, le fait que 4 000 milliards de dollars se détournent de titres financiers d’entreprises peu respectueuses de l’environnement implique que ces entreprises soient confrontés à une relative rareté de financement. Elles se retrouvent dans la situation suivante : d’importants besoins de financement combinés à un faible nombre d’acteurs enclins à lui fournir des capitaux. Dans cette situation, les entreprises concernées sont amenées à augmenter la rémunération des capitaux qu’ils souhaitent emprunter. La rémunération de leurs titres financiers augmente. A l’inverse, les entreprises respectueuses de l’environnement ou des critères ESG voient affluer une quantité très importante de nouveaux financements. Ces entreprises là se retrouvent donc dans la situation opposée : des besoins de financement inchangés mais une quantité de capital disponible en forte augmentation. Par conséquent, elles choisissent les conditions de financement les plus avantageuses pour elles. Les taux d’intérêt de leurs titres financiers diminuent.

Une fois cette situation établie, voyons comment réagit un investisseur lambda. Il constate que les entreprises peu respectueuses de l’environnement rémunèrent davantage leurs titres financiers que les entreprises aux pratiques vertueuses. L’objectif de cet investisseur est de maximiser son rendement : ainsi à niveau de risque égal, il préférera toujours le titre financier d’une entreprise polluante, plus rémunérateur. En d’autres termes, en évitant les titres financiers des mauvais élèves,  le désinvestissement artificiel dans les industries polluantes risque de rendre ces entreprises d’autant plus attractives pour les investisseurs peu concernés par les questions environnementales. L’effet initial désiré de ce mouvement, dans le marché actuel, se retrouve finalement annihiler. Les marchés financiers actuels n’incluent aujourd’hui aucune composante environnementale, faisant du rendement l’unique variable décisive.

Quelles alternatives pour un investissement responsable efficace ?

Le véritable souci n’est donc finalement pas le fait qu’il y ait encore trop d’investissements dans les industries polluantes ou non respectueuses des critères ESG. Le problème réside plutôt dans le fait que les investisseurs, institutionnels ou non, n’ont finalement aucune incitation à faire autrement. Quand bien même, une partie des investisseurs, rattrapés par leurs consciences, venaient à se détourner des titres des mauvais élèves, le mécanisme régulateur des marchés finirait par alimenter ces derniers en capitaux de toute manière. Alors quels sont les outils à la portée des régulateurs, et décideurs politiques mondiaux pour mettre en place un réel désinvestissement des industries polluantes ?

L’objectif de ces outils est très simple : inciter les investisseurs à investir dans des industries propres, avec des scores ESG élevés. Il n’est pas question ici d’obliger ces acteurs à désinvestir mais bien de leur donner envie de le faire. Pour cela, il faudrait que le marché soit régulé par des rendements à la fois économique et environnementaux. Les critères ESG ne sont jusque là qu’un indicateur et ne peuvent constituer un élément durable de régulation. Plusieurs solutions existent, les marchés de « droits à polluer » ont été une d’entre elles. Malheureusement, ce système contenait trop de failles et leurs mécanismes incitatifs étaient finalement d’une trop faible ampleur. En revanche, le système d’une taxe carbone est début de réponse. En intégrant une composante environnementale dans l’activité de l’ensemble des entreprises, ce système pénalise les industries polluantes sous forme de taxe. Une fois cette taxe carbone collectée, il est important qu’elle soit redistribuée sous forme de subvention aux industries propres. Concrètement, cela fonctionne donc comme un système de malus/bonus où les entreprises avec de bons scores ESG deviennent plus rentables tandis que les entreprises avec un mauvais score ESG voient leur rentabilité se dégrader sous l’effet de cette taxe. Mécaniquement, les investisseurs se tournent vers les industries les plus rentables (ici les plus propres), évitant les titres peu rémunérateurs d’entreprises peu rentables (ici les plus polluantes). Ces conclusions sont dans le même esprit que celles du MIT, dans le domaine de l’énergie : si rien n’est fait, les énergies polluantes seront encore significativement moins chères que les énergies propres pendant encore au moins une décennie. Là encore, c’est parce que le prix ne reflète pas la réalité écologique qu’il en est ainsi. Les chercheurs de cette étude concluent : ce n’est qu’à travers un système de taxe et de subvention global que l’équilibre pourrait être établi.

Les investissements suivent leur logique d’optimisation du rendement. L’objectif est que ce rendement prenne aussi en compte une composante environnementale et responsable. Un système de taxe carbone à l’échelle mondiale contribuerait à résoudre ce problème. Néanmoins, le chemin est encore long pour un tel système, et il est surtout semé d’embûches nommées lobbies, rigidités politiques, et inégalités.

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