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Interview de la Nef, première banque éthique française

Epargne solidaire | 01/06/2016

En avril 2016, la Nef est véritablement devenue la première banque éthique. Après deux mois, nous avons l’occasion de faire le bilan sur la nouvelle dimension prise par la Nef en interrogeant Jean-Marc de Boni, Président du directoire de la Nef.

GC : Pouvez-vous nous faire un bilan de l’année 2015 de la nef ? Du premier semestre 2016 ?

J-M. de Boni : L’année 2015 a été extrêmement importante puisqu’en avril, l’ACPR a accepté d’élargir l’agrément de la Nef. En clair, la Nef a été autorisée à proposer des livrets aux particuliers et aux associations, ainsi que des comptes courants aux entreprises. Cet élargissement de notre agrément a forcément impliqué d’importants investissements informatiques. La formation a également représenté un investissement conséquent puisque nous y avons dédié 8% de notre masse salariale afin de distribuer notre nouvelle offre. Malgré tous ces changements, l’année 2015 a été une année prolifique pour la Nef puisque nos encours de prêt à critères sociaux et environnementaux ont progressé de 6% en 2015. En avril 2016, nous avons lancé les produits évoqués précédemment. Nous avons pu constaté un engouement très fort pour les livrets, puisque nous en avions distribué 1 000 en moins de 4 semaines. Pour les comptes courants aux entreprises, nous sommes encore assez logiquement en rodage. Nous sommes tout de même fiers de pouvoir compter parmi nos clients Enercoop (1er producteur d’énergie 100% verte) et Biocoop. L’activité crédit s’est aussi très bien portée au 1er semestre 2016, puisque nos encours ont progressé de 10%. Ce niveau d’activité est en phase avec les investissements récents réalisés par notre banque.

GC : La Nef propose jusqu’à présent une offre plus étoffée pour les professionnels, est-ce qu’il est envisageable que la Nef propose un compte courant pour les particuliers ?

J-M. de Boni : C’est tout à fait envisagé ! Nous aimerions d’abord nous concentrer sur la gestion de nos livrets et de nos nouveaux comptes courants entreprise avant de se lancer sur les comptes courants aux particuliers. Nous aimerions que ce type d’offre aux particuliers soit développé à l’horizon 24 mois. Ce serait un accomplissement pour la Nef puisque c’est aujourd’hui une offre essentielle pour les consommateurs. Ces derniers sont souvent retenus dans leurs banques parce qu’ils y ont leur compte courant. Avec cette dernière offre, la Nef serait une alternative complète aux banques traditionnelles.

GC : Pensez-vous que des initiatives telles que celle de la Nef, pourraient être plus fréquentes en France ? Pourra-t-on, à terme, rêver d’un réseau de banques éthiques Françaises ?

J-M. de Boni : Oui c’est envisageable dans la décennie à venir. Les banques dans leur ensemble devraient faire preuve de davantage de transparence sur l’utilisation des fonds qu’elles collectent. Evidemment, il existe un clivage conséquent entre les pratiques actuelles de la plupart des établissements bancaires et celles de la Nef. Le but de la FEBEA (Fédération Européennes de Banques Ethiques et Alternatives) est de regrouper, au niveau européen, toutes les banques ayant des pratiques éthiques. Parmi ces pratiques, on retrouve l’encadrement des rémunérations ou l’absence d’activités spéculatives que la majorité des grandes institutions bancaires ne respectent pas.

GC : Voyez-vous des différences majeures entre la Nef, banque éthique française, et les autres banques éthiques européennes ?

J-M. de Boni : Dans l’absolu, le fonctionnement de la Nef est assez proche de banques éthiques européennes comme GLS (Allemagne), Triodos (Pays-Bas), Banca Etica (Italie) ou BAS (Suisse). Il n’existe pas de véritables différences avec GLS. Toutefois, on peut faire quelques distinctions avec d’autres banques éthiques européennes. Triodos par exemple, est une banque détenue par une fondation alors que la Nef est une coopérative. Pour ce qui est de Banca Etica, il y a peu de différences même si la Nef privilégie davantage des critères environnementaux. Nous pouvons tout de même souligner un domaine où nous sommes en avance sur la plupart des autres banques éthiques : la finance participative. En effet, grâce à la création de Zeste, plateforme de dons lancée début 2016, mais aussi et surtout avec Prêt de Chez Moi, plateforme d’épargne lancée en juin pour prêter directement aux entreprises « Nef », et enfin la plateforme Nef Capital Patient qui permettra d’investir en capital, et qui sera lancée fin 2016. La Nef propose à ses clients de découvrir un autre type de produits financiers pour qu’ils puissent diversifier leurs investissements, toujours dans une logique de respect de valeurs sociales et environnementales.

GC : Dans cette logique, peut-on imaginer qu’après l’épargne solidaire et la finance participative, la Nef développe des solutions d’investissement responsable ?

J-M. de Boni : Cette possibilité n’est pas à exclure. En effet, faire de l’investissement responsable comme peut le faire  Triodos serait une solution intéressante pour nous. Nous n’irions sans doute pas jusqu’à créer une équipe de recherche ESG dédiée comme Triodos, mais mutualiser cette activité avec GLS ou une autre banque éthique serait un bon moyen de proposer à nos clients davantage de diversification de leurs investissements.


Interlocuteur :

Jean-Marc de Boni – Président du directoire de la Nef


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