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Crowdfunding obligataire : une nouvelle forme de financement pour les PME

Permettre aux petites et moyennes entreprises de trouver un financement alternatif aux traditionnels prêts bancaires, voilà l’objectif du crowdfunding obligataire. Comme les autres formes de crowdfunding, et notamment le crowdlending son cousin, il facilite l’accès des PME aux financements non bancaires.

Le crowdfunding obligataire, qu’est-ce que c’est ?

Les bases du crowdfunding traditionnel sont là : il s’agit d’une campagne de crowdfunding menée par une entreprise à la recherche de potentiels investisseurs. Cependant, le caractère particulier de cette campagne est qu’il permet aux investisseurs d’acheter des obligations de l’entreprise. Ils lui accordent donc l’équivalent d’un prêt qu’elle aurait pu avoir via les canaux traditionnels de financement. Une fois la campagne de fonds terminée, l’ensemble de ces investisseurs deviennent des obligataires (personnes détenant des obligations de l’entreprise, contre une rémunération via des intérêts, mais n’ayant aucun pouvoir ou prise de décision dans l’entreprise) de l’entreprise pour une période donnée. Durant cette période, ils touchent alors des intérêts relatifs à leurs investissements.

L’entreprise en question peut ensuite choisir de quelle manière elle va rembourser les investisseurs en question. Deux possibilités de remboursement du capital sont envisageables :

  • Les obligations avec remboursement « in fine » : l’entreprise rembourse l’ensemble du capital en une fois à la fin de la période d’investissement. Cependant l’investisseur touche à fréquence régulière (chaque mois, chaque trimestre ou chaque année…) les intérêts du capital investi.
  • Les obligations avec remboursements échelonnés : l’entreprise rembourse l’investisseur à la même fréquence que les intérêts du capital. Cependant, cette seconde solution est moins avantageuse pour l’investisseur : le montant du capital diminue à mesure que l’entreprise rembourse, et donc les intérêts aussi (rappelons ici que le montant des intérêts pour une période t donnée est calculé en fonction du montant du capital à cette même période t).

Attention : il est important de noter que ce type de plateforme ne permet de traiter qu’avec des obligations simples à taux fixes. Les obligations convertibles en actions ne sont pas autorisées pour le moment.

En outre, une autre réglementation importante régule ce canal de financement et notamment le montant d’émissions obligataires qu’il est possible de financer via ces plateformes. Depuis, octobre 2016, ce montant est plafonné à 2,5M€.

Une démarche très réglementée et spécifique

Toute plateforme ne peut pas mettre en place des campagnes de crowdfunding obligataire. Il s’agit en effet d’une démarche très réglementée par l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) : seule les plateformes qualifiées de CIP peuvent le faire.. La qualification de CIP (ie Conseiller en Investissement Participatif) est une qualification à laquelle seulement quelques plateformes peuvent prétendre. Elle leur donne le droit de mettre en relation des investisseurs et des entreprises à des fins de financement. Cependant, ce conseiller ne doit en aucun cas favoriser l’intérêt de l’investisseur plus que celui de l’entreprise et inversement. Son objectif est plutôt de les mettre en relation et de favoriser leur bonne entente.

Parmi les leaders de ce type de plateformes spécialisées, on retrouve : ClubFunding, Investbook ou encore Enerfip (projets uniquement dédiés aux énergies renouvelables).

Prenons l’exemple de la plateforme ClubFunding, créée en 2014 et certifiée par l’AMF en 2015. Depuis sa création :

  • Les fonds totaux levés s’élèvent à environ 4M€
  • 17 projets ont été financés
  • La plateforme compte 4000 membres et investisseurs potentiels
  • Le taux d’intérêt annuel moyen est de 9,7%
  • Premier record : la collecte d’une émission obligataire record de 2,2M€ le 20/06/2017 auprès d’investisseurs particuliers en vue de soutenir le groupe de Thierry Oldak.

(Source : http://financeparticipative.org/wp-content/uploads/2016/11/2016-09-20_Crowdtuesday-obligations.pdf ; CrowdTuesday, Crowdfunding en obligations)

La démarche du crowdfunding obligataire semble donc prendre de plus en plus d’ampleur.

Toute PME peut-elle accéder à ce type de financement ?

Pour ce qui est par exemple de ClubFunding, seules les entreprises ayant un chiffre d’affaire compris entre 1 et 20M€ peuvent prétendre à ce financement. L’objectif de cette démarche est bien clair selon les dirigeants de ClubFunding, David El Nouchi et David Peronnin, « Nous proposons des financements en « quasi-fonds propres » à des entreprises déjà matures – et qui veulent par exemple se développer à l’international sans avoir à ouvrir leur capital. Ces financements ne viennent pas en remplacement, mais en complément de leurs financements bancaires, et sont assimilables aux financements « mezzanine » auxquels des sociétés plus importantes ont accès » (in Les Echos Business, ClubFunding veut démocratiser les émissions obligataires).

Certes le principe fondamental de ces plateformes est de permettre le développement et le financement de PME et ETI, cependant, il s’agit aussi de mettre en place une relation de confiance avec l’investisseur. Cette sélection en amont est donc fondamentale pour pouvoir permettre aux investisseurs de se sentir en sécurité lorsqu’ils achètent des obligations.

Un mode de financement alternatif bienvenu pour la croissance des PME

En 2016, le financement obligataire représente 34% de l’endettement des grandes entreprises contre 2% pour les PME (Source : Association Finance Participative France ; CrowdTuesday, Crowdfunding en obligations). Les PME sont, en effet, fortement limitées dans leur manière de se financer qui se réduit aux moyens traditionnels comme les prêts bancaires. Cependant, beaucoup de banques refusent de leur prêter sur le long terme, notamment en temps de crise, à cause d’asymétries d’information, par peur de risque d’insolvabilité ou d’illiquidité. S’établit donc un cercle vicieux empêchant beaucoup de PME d’accéder à un financement de long terme et donc de se développer.

Ce type de nouvelle alternative est donc la bienvenue pour enfin permettre aux PME de croître rapidement et faire face à la concurrence à laquelle elles sont tous les jours confrontées : « le financement des entreprises par émissions d’obligations sur une plateforme de finance participative représente la plus forte croissance en Europe en 2016 avec +155 % dans les volumes » (source : Les Echos, Le crowdfunding sous l’ère Macron prendra-t-il enfin son envol ?).

Le crowdfunding obligataire présente ainsi plusieurs avantages indéniables pour enfin accompagner la croissance des PME :

  • Une première réelle confrontation au marché et au public. A terme, l’entreprise peut ainsi envisager une introduction en bourse.
  • Un faible coût.
  • Des démarches administratives simplifiées : moins d’informations obligatoires par rapport à la demande pour un prêt bancaire traditionnel…
  • Des investisseurs rassurés par le caractère traditionnel de l’émission d’obligations pour une entreprise.

S’agissant de l’investisseur, cette démarche présente aussi pour lui de nombreux avantages :

  • Un cadre réglementé et assuré par l’AMF
  • Ils peuvent céder leurs obligations à n’importe quel moment à un autre investisseur.
  • Il ne s’agit que de titres ayant des maturités courtes. Aujourd’hui, sur la plupart des plateformes spécialisées, la période de maturité est comprise entre une et 10 années. Cependant, cette période va tendre à diminuer, comme le constate David El Nouchi, dirigeant de ClubFunding : “Nous nous sommes rendu compte que les particuliers patrimoniaux qui investissent sur notre plate-forme (en moyenne 5.000 euros) recherchent plutôt des investissements de court terme, car ils souhaitent de la liquidité” (in Les Echos Business, ClubFunding veut démocratiser les émissions obligataires).

Cependant, comme tout investissement dans de nouveaux projets, il ne faut pas oublier que certains investissements peuvent présenter des risques. Même si le cas est rare, toutes les plateformes spécialisées en crowdfunding obligataire sont tenues de rappeler que « Les offrent de financement participatifs comportent des risques et en particulier le risque de perte totale ou partielle des sommes investies et le risque d’illiquidité ».

L’utilisation de la blockchain pour faciliter le processus du crowdfunding obligataire

A l’heure actuelle, la technologie “blockchain” prend de plus en plus d’ampleur dans le secteur bancaire, mais aussi dans le secteur du crowdfunding et notamment le crowdfunding obligataire.

Rappelons que la technologie blockchain est une technologie constituant une base de donnée gérée par l’ensemble des utilisateurs (lorsqu’il s’agit de la blockchain ouverte) et ayant pour but le partage d’informations de manière transparente et sécurisée.

C’est en anticipant la nouvelle réglementation sur le secteur du financement participatif d’Octobre 2016 (permettant aux plateformes ayant le statut CIP d’utiliser les minibonds et donc la technologie blockchain), que le premier projet de crowdfunding obligataire utilisant les blockchain a été lancé. En Juillet 2016, la première émission obligataire utilisant cette technologie a donc été lancée par Enerfip.

A terme, c’est aussi l’intention de la plateforme ClubFunding d’intégrer cette technologie de manière permanente à sa plateforme de façon à créer un réel marché secondaire de l’obligation pour les PME financé par le financement participatif. Selon David El Nouchi (Directeur Général de ClubFunding), “Nous suivons avec le plus grand intérêt des développements technologiques comme la blockchain qui pourrait permettre d’automatiser encore plus certains pans de notre activité.” (Source : ClubFunding Le Blog, Blockchain la technologie qui pourrait “changer le monde”). En effet, l’activité d’une plateforme CIP lorsqu’il s’agit de l’émission d’obligation peut être long et contraignant, notamment le fait de tenir un registre de ces émissions.

Ainsi, la technologie Blockchain présente de nombreux avantages pour une plateforme de crowdfunding : transparence de l’information, sécurité, réduction des coûts d’exploitation et bien sûr des valeurs en adéquation avec le processus même du crowdfunding : tous les utilisateurs sont acteurs de l’information et de sa transparence. A ces avantages, s’ajoutent aussi la révolution que la blockchain pourrait apporter au crowdfunding obligataire en le différenciant réellement d’une simple émission d’obligation faite par une entreprise. En effet, en alliant automatisation et standardisation, la technologie blockchain permet aux investisseurs et clients d’avoir “recours à des outils financiers plus flexibles qui correspondent à leur besoin”, comme nous le confiait Léo Lemordant président d’Enerfip lors d’une précédente interview.

La Blockchain représente donc l’avenir du crowdfunding obligataire dans la mesure où elle pourrait permettre à terme de créer un réel marché des obligations parallèle à celui déjà existant, pour aider et développer les PME : « Structurer un marché secondaire permet d’accroître la liquidité de nos produits obligataires. Cela s’inscrit parfaitement dans notre stratégie de proposer aux investisseurs les produits les plus attractifs possible, pour les inciter à financer le développement des PME françaises » (D. Peronnin, Directeur de ClubFunding ; in GoodMorningCrowdfunding, ClubFunding annonce la création d’un marché secondaire pour ses obligations).


Comment financer les PME pour favoriser leur croissance, sans subir les barrières et inconvénients des canaux traditionnels d’investissement ? Voilà le défi posé par le Gouvernement et les marchés financiers au sortir de la crise des subprimes. Même si des solutions partielles ont été développées par la commission européenne telles que les Euro PP, le crowdfunding obligataire semble ici proposer une réponse adéquate et actuelle. C’est d’ailleurs sur ce créneau que la Commission Européenne, ainsi que le président actuel Mr Macron veulent fonder leurs nouvelles politiques économiques et stratégiques dans le but d’accompagner ce nouvel essor.


Retrouvez toutes les plateformes citées dans cet article dans nos fiches partenaires. Et pour plus d’information sur la technologie des blockchain : retrouvez notre article sur cette technologie mais aussi celui concernant la première émission obligataire en blockchain d’Enerfip.

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