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Entretien avec l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique)

Epargne solidaire | 09/11/2016

L’Adie: l’association qui vient en aide aux personnes en difficulté d’insertion professionnelle

 

Novafi participe à la semaine de la finance solidaire, en partenariat avec Finansol pour vous éclairer sur l’usage des fonds alloués à l’épargne solidaire. Nous publions chaque jour l’interview d’un bénéficiaire – associations, porteurs de projet, entreprise de l’économie sociale ou solidaire –  ou d’un acteur de la finance solidaire, situé en France ou dans les pays en développement.

Aujourd’hui nous allons à la rencontre de l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique) afin de vous montrer comment votre épargne peut aider des personnes à s’insérer professionnellement.

1)     Pouvez-vous nous présenter l’Adie?

L’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique), créée en 1989, est une association dont l’activité consiste à accompagner des personnes qui n’ont pas accès au crédit bancaire, essentiellement des personnes qui sont au chômage, des personnes percevant des minimas sociaux,  des travailleurs pauvres, etc. L’Adie aide donc ces personnes en difficulté d’insertion professionnelle à retrouver un emploi en leur permettant de créer leur entreprise par le biais de microcrédits – montant des prêts de 4000 euros en moyenne. Toutefois, le soutien financier ne suffit pas pour parvenir à créer une entreprise ; la création d’une entreprise nécessite beaucoup de compétences et d’accompagnement. Alors, l’ADIE propose d’une part des solutions de microcrédit et d’autre part offre aux porteurs de projet  un accompagnement sous forme de formation, conseil ou coaching : il s’agit du microcrédit accompagné.

Par ailleurs, il n’y a pas de critère spécifique pour l’attribution de prêts ; les personnes qui viennent sont par définition des personnes exclues qui ne rentrent pas dans les cases pour bénéficier d’un crédit bancaire. Donc, le conseiller doit avoir confiance dans le porteur de projet et son projet.  Après les conseillers Adie et les bénévoles travaillent avec lui pour l’aider à réaliser son projet

2)     En quoi consiste l’accompagnement des porteurs de projet et Comment faites-vous donc pour le  financer ?

Tout d’abord, deux financements sont recherchés par l’Adie : une partie du financement va nous aider à avoir de l’argent à prêter aux micro-entrepreneurs et l’autre partie qui est absolument essentielle à l’Adie, c’est le budget qui concerne le financement de l’accompagnement. L’accompagnement c’est un ensemble de formations, de coachings et expertises sur divers sujets (comptabilité, administratif, juridique, développement commercial), Ces services proposés gratuitement aux micro-entrepreneurs ont pourtant un coût : ils sont financés par des donateurs et aussi par les subventions publiques.

Un service de micro-assurance a aussi été mis en place : il a pour objectif de pouvoir développer des assurances bien adaptées pour les porteurs de projet que nous finançons.

3)     Comment gérez-vous le financement de l’accompagnement des personnes qui créent leur entreprise ?

Pour le financement des services proposés aux micro-entrepreneurs, nous avons créé le  fonds de dotation de l’Adie : Fonds Adie. C’est une structure créée par l’Adie dont l’activité principale est d’aller chercher des soutiens financiers, c’est à dire des dons, legs ou donations, pour financer l’action d’accompagnement de l’Adie. Parmi les différentes méthodes de collecte et différentes sources de financement, il y en a une qui est relativement récente et innovante : la finance solidaire. Le Fonds Adie est spécialisé sur la levée de fonds, il est en charge de la collecte auprès des particuliers, quand il s’agit de développer des outils de finance de partage par exemple d’intérêts sur les livrets solidaires des banques ou d’arrondis sur salaire.

4)     Au-delà du financement des services, comment faites-vous pour collecter l’argent nécessaire pour garantir le financement des projets ? Quelle est la part de la finance solidaire ?

L’Adie comprend deux budgets : un budget de financement pour les services et un budget de refinancement qui concerne les prêts aux porteurs de projet. En 2015 nous avons financé  18000 personnes ce qui représente 65 millions d’euros de microcrédits. Pour avoir cet argent, on va se refinancer auprès de banques principalement mais aussi, autour de 10% de notre activité est refinancé via de l’épargne solidaire, auprès de fonds solidaires comme Mirova, Ecofi, Amundi, BNP Asset Management, etc.

Concrètement, le fonds nous prête de l’argent qui provient de votre épargne et qu’on met à la disposition de tous nos conseillers sur le territoire (métropole et outre-mer) pour qu’ils puissent octroyer des microcrédits. Lorsque les porteurs de projets nous remboursent leurs prêts, nous allons à notre tour rembourser les fonds d’épargne qui nous prête ensuite de nouveau pour financer de nouvelles personnes.

Par ailleurs, il y a les titres associatifs qui sont des créances de dernier rang qu’on ne rembourse pas avant 7 ans et, qui après 7 ans sont remboursés uniquement si l’émetteur a généré des excédents cumulés, au moins, du montant de l’émission. L’ADIE a émis 9,2 millions d’euros de titres associatifs, dont les deux tiers ont été souscrits via de l’épargne salariale. L’épargne salariale nous permet d’accompagner un développement, un changement d’échelle et est donc un moyen de financement très important pour l’ADIE. Aussi, les principaux investisseurs qui sont mobilisés sont les fonds communs de placement d’épargne solidaire qui nous permettent d’avoir un effet de levier sur le financement bancaire.

5)     Existe-t-il des risques pour l’épargnant ?

L’Adie rembourse 100% de ce qui lui a été prêté. Effectivement, quand nous prêtons par exemple 100 000 euros, nous récupérons en moyenne 90 000 euros. Pour les 10 000 restants, nous arrivons à faire du recouvrement sur une partie ; nous couvrons la dernière partie qui ne nous est pas remboursée de deux façons : à 80% via des titres de garantie souscrits auprès d’organismes publics qui garantissent les microcrédits et les 20% restants sont couverts par l’Adie. Pour ce dernier, on y parvient grâce à notre activité puisqu’on prête avec des taux d’intérêts et nous empruntons avec des taux moindres ; donc, avec la marge, nous arrivons à couvrir la part résiduelle qui nous incombe. Ainsi, le risque pour l’épargnant est nul.

6)     Quelles sont vos réalisations ?

En 2015, 18 070 personnes ont été financées à hauteur de 65 millions d’euros. Le financement de micro-entrepreneurs, qui représente 14 501 prêts sur les 18070 a permis la création de plus de 11 700 emplois et le maintien de 6000 emplois. Par ailleurs, l’encours de microcrédits, c’est-à-dire l’encours des prêts qui sont en cours de remboursement, est de 104 186 289 euros en fin 2015. Enfin, la pérennité des entreprises créées est de 70% en moyenne après 2 ans et 84% des personnes financées sont insérées professionnellement.

7)     Que diriez-vous aux épargnants pour les inciter à soutenir l’Adie ?

En soutenant l’Adie, l’épargnant permet à un individu de créer son propre emploi. Ainsi, au-delà du rendement financier, il y a un impact direct qui est la création de l’entreprise : 84% des personnes que nous finançons sont insérés professionnellement au bout de 3 ans soit parce que l’entreprise est pérenne soit l’entreprise n’a pas réussi à se pérenniser mais ils ont réussi à trouver un emploi. L’objectif ultime de l’Adie n’est donc pas uniquement la création de l’entreprise mais aussi l’insertion professionnelle. La finance solidaire permet de créer un lien entre l’épargnant et le porteur de projet : il y a un phénomène de fléchage direct entre l’argent de l’épargnant et la réalisation du projet d’un micro-entrepreneur.


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