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Quels sont les enjeux à venir pour les investisseurs de l’impact investing ?

Epargne solidaire | 26/09/2019

15 Investisseurs français passent sous la bannières French Impact

Mardi 17 septembre, Christophe Itier, Haut-Commissaire à l’Economie Sociale et Solidaire et à l’Innovation Sociale, réunissait 15 fonds d’investissement pour encourager le financement de la croissance des entreprises à impact.

Parmi ces investisseurs, on retrouvait des fonds d’investissements spécialisés en impact investing comme Phitrust, Citizen Capital II ou encore Amundi Finance & Solidarité mais aussi des investisseurs plus classiques comme BNP Paribas.

Ces 15 fonds passés sous la bannière French Impact se sont engagés auprès du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire à financer les entreprises à impact du pré-amorçage au changement d’échelle.Cet événement était aussi l’occasion de rappeler les nouveaux enjeux auxquels les investisseurs d’Impact Investing doivent faire face.

De plus en plus d’investisseurs s’intéressent à l’Impact Investing mais de nombreux défis sont encore à relever afin que ce secteur utilise au mieux les opportunités qui existent. Cet article se concentrera sur les deux sujets suivants : la logique de parcours et de complémentarité entre les entreprises en portefeuille et la monétisation de l’impact.

Parmi les enjeux mentionnés durant la table ronde « #FrenchImpact : nouvelle dynamique pour les fonds d’investissement à impact », le fonds Amundi Finance & Solidarité a rappelé l’importance de développer une logique de parcours en travaillant sur la complémentarité et la mise en relation des entreprises sociales en portefeuille.

Prenons un exemple pour illustrer cette idée :

Imaginons un fond d’investissement qui a en portefeuille 2 entreprises, la première entreprise A favorise l’accès aux logements sociaux et la seconde l’entreprise B offre des formations gratuites de coding pour les personnes exclues du marché du travail. Le fond qui détient des parts dans chaque entreprise pourrait permettre à ses deux entreprises de collaborer entre elles. Ainsi un individu ayant des difficultés pour se loger et exclu du marché du travail pourrait rencontrer l’entreprise A puis se faire diriger par celle-ci vers l’entreprise B. Cette complémentarité permettrait de résoudre les deux problèmes qui sont souvent liés.

Ici le fonds Finance & Solidarité présente une approche systémique, encourageant les investisseurs à développer leur rôle d’accompagnateur et de fédérateur au sein du secteur de l’ESS. Cependant les investisseurs ont-ils les ressources pour dépasser leur simple rôle de financeur et créer une réelle complémentarité avec les entreprises de l’ESS ? Etant donné la faible rentabilité du secteur de l’ESS, la question mérite d’être posée.

Les différents investisseurs ont aussi souligné le défi lié à la monétisation de l’impact. La monétisation de l’impact consiste à mesurer le bénéfice économique qu’un investissement responsable peut permettre. Celle-ci permettrait de dépasser la mesure de l’impact avec comme seule approche le nombre de bénéficiaires atteints (approche la plus utilisée actuellement par les acteurs de l’impact investing).

Pour illustrer ce que peut être la monétisation de l’impact, nous allons simplifier une approche existante et reprendre notre exemple précédent : en investissant dans l’insertion professionnelle l’entreprise B va permettre à l’Etat de faire des économies sur ses dépenses liées au chômage. Une des approches pour évaluer la valeur financière de l’investissement serait donc de mesurer cette économie : pour 1€ investit dans l’insertion professionnelle, combien d’€ la société va-t-elle économiser dans ses dépenses liées au chômage ? Le résultat de l’investissement peut ainsi être une réduction de coût dans un secteur (comme illustré dans notre exemple ci-dessus) ou un gain économique. Par exemple, les investissements dans l’accès à l’éducation pour tous peut permettre une plus forte croissance économique avec des ressources humaines plus qualifiées et donc un gain économique.

Certains fonds spécialisés en impact se sont penchés sur ce sujet et ont développé des outils comme le Social Return On Investment (SROI). Nous allons nous, nous intéresser à une méthode qui semble pour nous la plus développée : l’Impact Multiple of Money.

Comment faire pour monétiser l’impact ?

Le fonds Rise Funds, un fonds d’investissement à impact de 2 milliards de dollars destiné aux entreprises en phase de croissance et Bridgespan, société mondiale de conseil en impact social ont développé un outil qu’ils ont nommé l’Impact Multiple of Money (IMM).  Vous pouvez retrouver leur méthode détaillée qui a été publié par l’Harvard Business Review (https://hbr.org/2019/01/calculating-the-value-of-impact-investing). Bien que s’appuyant sur de nombreux présupposés, leur méthode constitue une bonne base d’appui pour développer des outils de monétisation de l’impact à l’avenir.

Cependant la monétisation de l’impact semble rencontrer des limites lorsqu’il s’agit d’un gain non mesurable économiquement. Par exemple comment voulez-vous mesurer économiquement l’augmentation de l’estime de soi chez un individu qui retrouve un logement ? Celle-ci a de la valeur mais elle n’est pas monétaire, elle peut permettre le développement personnel d’un individu mais reste difficile à mesurer économiquement.

Quelle serait l’utilité de monétiser l’impact ?

Estimer la valeur financière du gain social ou environnemental qui résultera de chaque euro investi permettrait de s’appuyer sur une valeur « traditionnelle » connue de tous pour orienter les investissements et maximiser son impact. De plus l’étiquette des prix peut être une solution pour homogénéiser les méthodes de mesure d’impact en finance, secteur qui a l’habitude de fonctionner avec celle-ci.

Or nous pouvons nous interroger sur l’aspect moral de la monétisation de l’impact. Cette mesure questionne l’intentionnalité même de l’investissement : est-il purement altruiste ou simplement économique ? L’investissement responsable ne doit-t-il pas être porté par une volonté de cohésion sociale et de durabilité de nos sociétés décorrélée de toute volonté économique de rentabilité ? Nous pouvons aussi questionner la compatibilité entre les deux intentions : investissement efficace et responsable comme un altruisme efficace ? Est-ce un outil/un argument ou une finalité en soi pour l’investisseur ?

D’autres sujets ont été abordés pour relancer la dynamique des fonds d’investissement à impact comme la nécessité d’un dialogue plus régulier entre les acteurs de la philanthropie et ceux de l’impact investing ou encore les opportunités de financement que la Loi Pacte pourrait permettre avec l’assurance-vie solidaire. Sujets que nous aborderons dans nos prochains articles.

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