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Critères ESG : comment les mesurer ?

A l’heure où la société de gestion Schroders a publié son tableau de bord du changement climatique, mesurant plusieurs critères responsables de la montée des températures, les investisseurs cherchent de plus en plus à avoir une information claire sur l’impact environnemental, social et de gouvernance de leurs investissements. Les investisseurs se mettent donc au vert : aujourd’hui, l’accent est mis sur un investissement socialement responsable, c’est-à-dire, une nouvelle façon d’investir dans des entreprises en accord avec les nouveaux défis sociaux, environnementaux et de gouvernance. Cependant, comment savoir si l’entreprise dans laquelle on souhaite investir respecte ces critères principaux ? Comment un investisseur peut-il comparer plusieurs fonds d’investissement socialement responsable et ainsi faire un choix ?

La question qui se pose ici est donc celle de la mesure des critères ESG pour une entreprise ou un fonds d’investissement. De nombreuses entreprises, sociétés de gestion et institutions proposent aujourd’hui un indice ou encore un label pour mesurer cet impact, mais comment les différencier ? Quels crédits donner à ces indicateurs ?

La situation générale des indicateurs de performance ESG

Aujourd’hui, de plus en plus de contraintes légales obligent les grandes entreprises et les sociétés de gestion à publier des reporting extra-financiers : en France, l’article 173 de la loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte l’impose aux sociétés de gestion ; en Europe c’est la Directive 2014/95/EU qui l’impose aux sociétés de plus 500 employés. L’objectif est ici simple et similaire, il s’agit de rendre compte aux investisseurs d’une information claire pour leur permettre de faire des choix d’investissement selon ce qu’ils recherchent : « Les critères ESG permettent aux investisseurs de distinguer les entreprises qui sont supérieures à leurs pairs en terme de management du risque et de gouvernance. » (Source, traduit de l’anglais : The significance of ESG ratings for Socially Responsible Investment Decisions, An examination from a Market Perspective; M. Laerman, July 2016).

Ces reportings doivent donc s’appuyer sur une analyse complète des données, résumée pour la plupart du temps à l’aide de ces indicateurs de performance ESG. Aujourd’hui, sur le marché, il existe donc plus de 135 entités produisant des indices, des rangs et des notations de la performance ESG d’une entreprise ou d’un fonds, qui permettent de noter plus de 50 000 entreprises (Source des données : The significance of ESG ratings for Socially Responsible Investment Decisions, An examination from a Market Perspective; M. Laerman, July 2016). Chaque société de gestion, chaque institution a donc son propre indicateur : la mesure des indicateurs peut varier en fonction de la donnée utilisée. Faut-il prendre en compte les engagements des sociétés ou la part des critères ESG dans le résultat de l’entreprise ? Mais il peut aussi varier en fonction du périmètre géographique pris en compte dans l’étude des données. Ainsi, une multitude d’indicateurs existe, parmi lesquels : MSCI Low Carbon Leaders Index, Euronext Vigeo, Oekom Research, DJSI Index (Dow Jones Sustainability Index)…

Cependant, ces nombreux acteurs rendent plus difficile la comparaison des performances ESG des entreprises et des fonds d’investissement pour les investisseurs. Cette comparaison est contrainte à cause de la nature même des données utilisées par les critères de performance : la principale difficulté pour exploiter la donnée de l’entreprise est de la trouver et de l’exploiter (lorsque cette donnée est fiable) rapidement. En effet, à partir du moment où une entreprise publie ses données « il se passe environ 2 ans avant qu’elle soit utilisable par les fonds pour leurs reporting extra-financier. » (Source : Quels indicateurs pour mesurer la performance ESG des investissements ? D. BLANC ; A. COZIC ; A de BAROCHEZ ; Centre de recherche ISR ; Janvier 2013).

Aujourd’hui, le seul moyen pour un investisseur de comparer des fonds ISR via des critères ESG est de comparer l’objectif global de ces fonds : est-ce un fond qui a pour objectif d’avoir un réel impact sur la société, ou qui veut simplement investir dans des sociétés mettant en place des politiques ESG significatives pour un investissement plus propre ? Ainsi, il est possible pour un investisseur de choisir un investissement en fonction de son objectif / thème. En effet, une classification des stratégies ISR existe :

(Source, traduit de : Resource Efficiency and Fiduciary Duties and Investors, Final Report ; ENV.F.1/ETU/2014/0002 DG Environment)

Même si cette classification existe, on remarque donc que l’investisseur peut seulement comparer le « thème » d’un fonds d’investissement ISR et non pas sa performance extra-financière. Un manque d’harmonisation des critères ESG est en cause.

Harmoniser les critères ESG : le prochain défi de la finance responsable

Mettre en place des critères ESG communs : voilà le prochain grand chantier de la finance durable et responsable. Nous l’avons vu, ce manque de critères communs ne représente que des inconvénients pour les potentiels investisseurs : « Il est nécessaire d’améliorer l’information et la mesure des critères ESG pour qu’ils soient réellement utiles aux investisseurs institutionnels. (EY, 2014b). » (Source, traduit de l’anglais : Resource Efficiency and Fiduciary Duties and Investors, Final Report; ENV.F.1/ETU/2014/0002 DG Environment). Les principales caractéristiques que devrait regrouper un indicateur commun seraient donc :

  • Un lien direct avec la performance financière de l’entreprise.
  • Une méthodologie bien spécifique utilisée qui pourrait être employée pour toutes les études.
  • Pouvoir faire des comparaisons entre les secteurs et les fonds d’investissements.
  • Pouvoir donner une vision complète de la performance extra-financière.
  • Être fiable.

(Source : Resource Efficiency and Fiduciary Duties and Investors, Final Report; ENV.F.1/ETU/2014/0002 DG Environment)

Mettre en place un indice commun pourrait donc permettre d’augmenter la confiance des investisseurs, de lutter contre une mauvaise utilisation des fonds ISR (« Greenwashing ») et enfin permettre aux entreprises de comprendre ce qui est réellement attendu par les autorités institutionnelles (gouvernements, Autorité des Marchés Financiers) lorsqu’il s’agit des critères ESG. Cependant, cette harmonisation ne doit pas passer que par la mise en place d’indice ou d’indicateurs ; la forme de label peut aussi être utilisée pour permettre plus de transparence sur le marché : « Les labels, les indicateurs standards pour les produits et la classification sont des outils complémentaires. » (Source : Financing a sustainable European economy, EU High-level Expert Group on sustainable finance ; Interim Report ; July 2017). Ainsi, aujourd’hui, l’indicateur de performance ESG le plus reconnu et le plus abouti n’est autre que le label français TEEC. Il permet en effet de reconnaître l’ensemble des fonds d’investissement dédié à des entreprises vertes : vous pouvez d’ailleurs retrouvez l’ensemble de ces fonds sur notre plateforme.

Cependant, un problème subsiste quant à la mise en place d’un tel indicateur, il faut en effet faire face au problème que constitue le manque d’harmonisation sur la définition même des critères ESG. Selon les pays, le cadre d’application ou la définition, ces critères peuvent varier. Dans ce cas, de façon à harmoniser une mesure de la performance, il faut avant tout mettre en commun et définir un cadre général d’application aux critères ESG.

C’est ce que l’Europe s’efforce de faire : il y a une réelle volonté de mettre en place une telle standardisation d’ici 2018. Elle sera mise en place grâce à la création d’un label européen standardisé mais aussi grâce une classification des produits financiers durables « that captures all acceptable definitions of ‘sustainable’ » (Source : Financing a sustainable European economy, EU High-level Expert Group on sustainable finance ; Interim Report ; July 2017).

Par conséquent, une réelle prise de conscience semble s’opérer dans le monde de la finance verte, que ce soit de la part des institutionnels mais aussi des acteurs traditionnels comme les sociétés de gestions. Il a fallu du temps pour que les entreprises intègrent, pour la plupart, ces nouveaux critères ESG ; désormais, il est temps pour les acteurs du marché de pouvoir les mesurer, les comparer et les harmoniser pour permettre aux investisseurs et aux consommateurs d’avoir une information complète et transparente de la part des acteurs de l’économie.


Retrouvez dans ce sens notre précédent article sur le “Net Environmental Contribution”, nouvel indicateur environnemental développé par la société de gestion Sycomore AM, en partenariat avec BNP Paribas Securities Service.

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