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Blockchain et énergies renouvelables : une association prometteuse

Nous vous en parlions il y a tout juste un an : Enerfip était la première plateforme de crowdfunding à utiliser la technologie blockchain pour réaliser sa première émission obligataire. Aujourd’hui, c’est désormais au tour de Lumo d’utiliser cette technologie pour émettre ses premiers minibonds. Cependant, ce n’est pas la première fois que cette plateforme, spécialisée dans le financement de projets dédiés aux énergies renouvelables, utilise la blockchain. En 2016, encore à l’état de « preuve de concept », Lumo émet ses premiers SolarCoins, crypto-monnaie dédiée à l’énergie photovoltaïque. Retour sur différents procédés qui, un jour, révolutionneront le monde des énergies renouvelables.


Lumo et les minibonds : soutenir des projets grâce à l’émission d’obligations


C’est en partenariat avec BNP Paribas Securities Services et la Caisse des dépôts que Lumo a développé cette nouvelle utilisation de la blockchain.

Ce n’est pas la première fois que BNP Paribas Securities Services participe à ce type de projet. Depuis que la réglementation concernant l’émission de minibonds par les entreprises non-cotées via des plateformes de crowdfunding a été assouplie par l’Etat Français, BNP Paribas Securities Services a participé à plusieurs reprises à ce type d’émissions aux côtés de plateformes tels que Lendosphère, Enerfip et Lumo. « Dans le cadre de ce partenariat, BNP Paribas Securities Services travaille à la mise en place d’un registre distribué qui enregistrera tous les minibonds émis via la plateforme et consignera toutes les transactions associées et les changements de propriété. » (Source : BNP Paribas Securities Services renforce sa plateforme blockchain pour les titres d’entreprises non cotées, Communiqué de Presse, 19/09/2016).

Le but reste encore une fois de permettre aux sociétés non cotées de se financer grâce à des titres financiers tels que des obligations, auxquelles elles n’ont pas normalement accès, le système actuel ayant des coûts de transactions trop important. A terme, les PME pourraient donc émettre des obligations à faible coûts grâce à la blockchain et ainsi créer un marché secondaire pour les entreprises non cotées.

Quelle utilisation de la blockchain ? Dans le cadre de ces nouveaux développements, la volonté principale est d’assurer la sécurité de l’investisseur et faciliter les transactions. La blockchain permet ainsi d’éviter le recours à un tiers de confiance pour centraliser l’ensemble des données et des transactions faites à travers l’émission des minibonds : « Une blockchain forme un registre public, permanent et immuable » (Source : Les blockchains, un moyen pour mieux gérer l’électricité, ENGIE, 16/03/2017) et permet ainsi aux entreprises non cotées d’augmenter considérablement la liquidité de ces titres.


La blockchain : un dispositif déjà ancré dans le modèle de Lumo grâce aux SolarCoins


L’émission récente des premiers minibonds de Lumo s’inscrit dans une démarche plus globale d’utilisation de la blockchain menée par la plateforme depuis quelques temps : en plus d’émettre des minibonds, Lumo commence aussi à distribuer des SolarCoins dans le cadre de certains de ses projets. C’est en automne 2016 que Lumo prend la décision d’associer pour la première fois des SolarCoins à l’un de ses projets : les serres solaires de Toreilles (Pyrénées Orientales).

Créé en 2014 par la fondation SolarCoin (à laquelle est affilié l’ensemble ElectriCChain), le SolarCoin est une crypto-monnaie, au même titre que le bitcoin. Son objectif et son fonctionnement sont simples : récompenser ceux qui choisissent de produire de l’énergie solaire en leur donnant un SolarCoin pour chaque mégawattheure produit.


Source : SolarCoin : une utilisation innovante de la blockchain pour accélérer le développement du photovoltaïque, Capgemini Consulting, 03/05/2017

Le but est donc d’inciter la population à utiliser l’énergie solaire plutôt que les énergies traditionnelles : de cette façon, le SolarCoin peut être distribué aussi bien à quelqu’un qui installe des infrastructures pour produire de l’énergie solaire qu’à une personne qui décide de financer un projet d’énergie solaire afin de l’aider dans son développement. Comme l’explique Alex Raguet, fondateur de Lumo, « Notre objectif est d’inciter ceux qui lancent des projets d’énergies renouvelables à se rallier au SolarCoin et massifient cette initiative ». (Source : SolarCoin : la blockchain au service des énergies renouvelables !, L’Atelier BNP Paribas, 06/2016)

Avec la technologie blockchain, le processus de distribution des SolarCoins se fait de façon autonome grâce à une installation sur le système de production d’énergie solaire : pour chaque mégawattheure produit, un SolarCoin est automatiquement attribué. Néanmoins, la fondation ElectriCChain conserve un rôle de certification et de gestion : vérifier que les prétendants aux SolarCoins produisent bien de l’énergie solaire, mais aussi « assurer l’intégrité du SolarCoin […] et gérer les réserves non-circulantes de SolarCoin ». (Source : SolarCoin : une utilisation innovante de la blockchain pour accélérer le développement du photovoltaïque, Capgemini Consulting, 03/05/2017). Ainsi, dès leur création, 98 milliards de SolarCoins ont été émis, de façon à récompenser les initiatives concernant l’énergie photovoltaïque durant 40 ans. Il s’agit donc de contrôler et de mettre en place un cadre réglementaire autour de la circulation des SolarCoins.

Soutenu par des acteurs majeurs tels que la NASA ou le MIT, le SolarCoin a donc pour vocation de s’imposer, à terme, comme monnaie de référence ayant trait aux énergies renouvelables mais aussi de créer tout un réseau d’utilisation autour de ce concept. Ce réseau permettra à toute personne ayant des SolarCoins de pouvoir les utiliser dans différentes enseignes dédiées aux énergies renouvelables : aujourd’hui, le réseau d’électricité verte ekWateur les accepte comme mode de règlement. Une autre utilisation des SolarCoins pourrait être imaginée avec des entreprises appartenant à l’initiative RE100 : transformer les SolarCoins sous forme de bons d’achat par exemple. (Source : Avec Lumo, la Blockchain fait son entrée dans le financement participatif, La Tribune, 31/07/2017).

Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelle est la valeur du SolarCoin ? « Aujourd’hui, l’initiative est présente dans 28 pays et le SolarCoin affiche en avril 2017 une valeur de 0,12$ par SolarCoin, encore loin des 30$ ciblés par la Fondation. » (Source : SolarCoin : une utilisation innovante de la blockchain pour accélérer le développement du photovoltaïque, Capgemini Consulting, 03/05/2017). L’augmentation de la valeur du SolarCoin reposera sur l’ampleur du réseau que cette crypto-monnaie arrivera à développer : « il est prévu de « récompenser » sur une période de 40 ans la production de 97.500 TWh » (Source : Le SolarCoin, la crypto-monnaie du photovoltaïque, Science et Avenir, 09/03/17).


Le défi du secteur de l’énergie : passer de la tradition à l’innovation


Que ce soit via le SolarCoin ou l’émission de minibonds, la blockchain pourrait permettre de  révolutionner et repenser le secteur de l’énergie. L’un des principaux défis qui se pose aujourd’hui, serait de décentraliser de la distribution d’énergie : faire en sorte qu’un individu lambda ayant une installation produisant de l’énergie renouvelable puisse vendre son surplus directement à son voisin.

Distribuer l’énergie collectivement : voilà la prochaine révolution majeure du secteur de l’énergie, facilitée par l’utilisation de technologies telles que la blockchain qui simplifie les transactions tout en les rendant plus transparentes.

Néanmoins, même si les technologies transforment rapidement le champ du possible en matière de distribution d’énergie, ce secteur encore très traditionnel mettra du temps à évoluer et à s’adapter aux changements, surtout lorsqu’il s’agit de réglementation ou de mœurs. En France, le cadre réglementaire pour encadrer ces nouveaux besoins et notamment une prise en main individuelle de l’énergie renouvelables a mis du temps à se mettre en place : ce n’est que suite à l’ordonnance du 27 juillet 2016 que l’autoconsommation d’électricité individuelle a vraiment été réglementée. Or, « il a été mentionné que les investissements digitaux électriques vont représenter 500 milliards de dollars d’ici les 5 à 7 prochaines années » (Source : Les transformations digitales de l’énergie : opportunités et défis pour les acteurs traditionnels, Capgemini Consulting, 31/05/2017).

Il est donc nécessaire que la France puisse assurer une transition réglementaire rapide et efficace pour accompagner les changements technologiques présents dans le secteur et ainsi, conserver son avantage compétitif dans la production d’énergie. Cette rapidité et cette efficacité sont d’autant plus nécessaires pour la France que l’on remarque qu’une multitude d’initiatives ont d’ores-et-déjà été mises en place pour faciliter la production collective d’énergie dans le monde en utilisant des technologies comme la blockchain : Power Ledger en Australie, Brooklyn Microgrid à New-York, Engie en France…


Petit à petit, le secteur de l’énergie se transforme, surtout grâce aux nouvelles technologies et aux Fintechs. Faciliter les transactions grâce à la blockchain ; créer un nouvelle monnaie d’échange pour inciter l’installation d’infrastructure permettant la production d’énergie renouvelables ; et enfin financer des PME et des projets qui révolutionneront ce secteur grâce au crowdfunding. Vous l’aurez donc compris, le passage du secteur de l’énergie de la tradition à l’innovation est donc en marche.


Pour mieux comprendre le processus du crowdfunding obligataire via l’émission de minibonds, retrouvez notre fiche pratique : Crowdfunding obligataire : une nouvelle forme de financement pour les PME.

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2 thoughts on “Blockchain et énergies renouvelables : une association prometteuse

  1. La fondation SolarCoin a créé le SolarCoin – ElectriCChain agit en tant que site affilié de la fondation.

    1. NOVAFI

      Bonjour Mr Sonnet, nous vous remercions pour cette précision.
      Nous avons effectué le changement, merci.
      L’équipe Novafi

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